Tout à parfaire. Every Thing Will Be Fine, de Wim Wenders

Every Thing Will Be Fine, affirme Win Wenders après une longue traversée du désert. Une façon pour lui de rassurer…
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Every Thing Will Be Fine, affirme Win Wenders après une longue traversée du désert. Une façon pour lui de rassurer les cinéphiles et de confirmer sa remise en selle artistique.

Le vétéran cinéaste allemand a eu son lot d’échecs commerciaux et critiques au cours des dernières années, un peu à l’image du personnage principal Tomas (un James Franco terne), un écrivain en manque d’inspiration. Jusqu’à son récent retour à la surface avec son superbe documentaire Salt of the Earth sur le photographe brésilien Sebastião Salgado, la planète cinéma s’inquiétait du (très long) passage à vide de celui qui nous avait offert certains des plus beaux films des années 1980 (Paris, Texas et Les Ailes du désir).

Tomas rentre chez lui un jour, après une retraite imposée dans une petite cabane de pêcheurs pour débloquer le tuyau créatif et laisser passer le flot d’écriture. Traversant une tempête de neige, il frappe mortellement un enfant avec son auto. Telle est la prémisse de ce film qui explore le thème de la culpabilité, et ce que peut en retirer un auteur pour qui la vie ne lui offrait plus de filon à creuser depuis un moment. Est-ce qu’il doit son succès éventuel à la mort de cet enfant, sacrifié sur l’autel de la littérature populaire? Wenders, fidèle à son habitude, laisse le spectateur tirer ses propres conclusions, mais impose quand même un dénouement qui flirte avec les bons sentiments. Un peu dommage.

Crédit photographique: Uni France
Crédit photographique: Uni France

Drame psychologique magnifiquement embrumé par la touche Wenders, doté d’une direction photo superbe signée Benoît Debie (malgré une 3D discutable quoique subtile et permettant une belle profondeur de champ), le film s’appuie sur un scénario malheureusement trop faible pour véritablement habiter le spectateur. Articulé autour de l’idée de repentance et des «effets bénéfiques» à long terme, artistiquement parlant, d’un trauma, Every Thing Will Be Fine s’embourbe dans de faux motifs à suspense, avec des séquences futiles, et dans le semblant de confrontation de son passé par l’écrivain Tomas.

Ses démons prennent trop de temps à faire surface, les personnages secondaires sont mal exploités, à commencer par la mère des deux enfants, interprétée par une Charlotte Gainsbourg qui semble hors de son élément. Le film finit par se dénaturer. Au lieu d’établir un climat de thriller angoissant, Wenders se contente de proposer une «œuvre d’ambiance» soutenue par une trame narrative qui écoule les années comme on passe par-dessus le chapitre d’un livre ennuyant, sans que cela n’ait d’incidence sur le cours de l’histoire.

Crédit photographique: Live For Films
Crédit photographique: Live For Films

Mention spéciale dans la catégorie «raté» pour la tentative d’imiter l’accent québécois dans la langue de Shakespeare de la part de Rachel McAdams. En plus d’être totalement non-crédible, ce piètre exercice fait décrocher le spectateur à chaque fois que l’actrice ouvre la bouche. Il faut cependant souligner le louable travail du comédien québécois Robert Naylor, dans ce qui aurait dû être un rôle-clé, mais qui est malheureusement confiné à un poste d’employé de soutien, et ce, beaucoup trop tard dans le film.

Le spectateur sort d’Every Thing Will Be Fine en se disant qu’il est dommage d’aboutir à ce point d’arrivée, puisque les ingrédients de départ promettaient un parcours sinueux traversé à un rythme haletant. Il a plutôt droit à une finale mièvre tenant de la tentative de rédemption qui ne convainc personne.

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Every Thing Will Be Fine de Win Wenders est à l’affiche depuis le 11 décembre.

Article par Gabriel Parent Jutras.

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