«La vie est ailleurs. Marx est mort, Dieu aussi, et moi-même je ne me sens pas très bien», ont dit les étudiants parisiens en mai 1968. Transposés dans notre contexte, le 12 mars dernier, Stéphane Laporte invitait les étudiants à se mobiliser d’une façon tout aussi originale, aussi punchée, aussi vindicative que le firent naguère les étudiants parisiens. Comment? En se concentrant plus sur l’aspect collectif que sur l’aspect personnel. Il a mis les étudiants au défi en proposant une grève où les slogans mériteraient d’être imprimés dans les manuels scolaires, dans vingt ans.
Eh bien voilà que jeudi dernier, à la première médiatique du Roi Lear au TNM, une quinzaine d’étudiants ont pris illicitement d’assaut la scène quelques minutes avant la représentation. Ils ont lu un texte touchant, troublant, empreint de vérité et abordant l’importance de l’éducation accessible au sein d’une société en santé. Le tout s’est déroulé pacifiquement et solennellement. La foule a rapidement soutenu ces étudiants courageux, en ligne, devant la scène. La lecture estudiantine s’est terminée par une ovation du public et des comédiens, déjà sur scène.
Afin d’éviter l’association de noms à cette prise de parole et pour parler uniquement au nom de la collectivité étudiante, les organisateurs de cette action ont noblement désiré conserver l’anonymat. L’idée est audacieuse. Elle défie les conventions. Elle s’inscrit sous la bannière, parfois nécessaire, de la désobéissance. Elle dit sur scène ce qui fourmille dans les lieux publics, dans les rues, dans les universités, dans les têtes de certains étudiants ainsi que dans celles de certains artistes et travailleurs. N’est-ce pas cela qu’on appelle un grand moment de théâtre ? Oui. Grand moment où le présent ne peut plus se taire, où l’urgence élève la voix, où la fébrilité de la jeunesse ne peut faire autrement que de verbaliser ce qui taraude l’esprit.
Ils ont dit : «Je suis révolté, foudroyé. Je suis lucide. Je ne suis pas une jeunesse qui accepte d’être considérée seulement comme une jeunesse. J’ai une parole, un sens critique. J’ai une voix et du jugement. J’ai une éducation et je veux la poursuivre, la pousser, la développer. Je veux l’enrichir et la transporter sur scène.»

Sans intention de nuire à la représentation, cette intrusion au sein de l’institution théâtrale du TNM n’a nullement été arrêtée par les autorités. En novembre dernier, suite au Projet Blanc d’Olivier Choinière, Lorraine Pintal a convié artistes et étudiants pour discuter des théâtres institutionnels montréalais. La discussion avait alors dévié vers l’apport possible du TNM aux actions théâtrales illicites. Ne s’objectant pas à celles-ci, la directrice a même invité à la prise de parole, si celle-ci respecte la représentation. C’est ce qu’on fait les étudiants jeudi dernier, à la grande fierté du public. Bravo aux individus impliqués dans cette action. Continuons pour que, dans vingt ans, le printemps 2012 s’inscrive dans les manuels scolaires.
Article par Noémie Roy.
L’ARTICHAUT APPUIE OFFICIELLEMENT LES REVENDICATIONS DES ÉTUDIANTES ET ÉTUDIANTS EN GRÈVE. Pour vous informer des enjeux et actualités de la grève étudiante, cliquez ici : http://www.bloquonslahausse.com/
