Multidisciplinarité, acteurs hors pairs et thèmes percutants n’étaient que quelques raisons d’aller voir la pièce Everybody Knows this is nowhere présentée par le Theatre Junction du 3 au 7 novembre au Théâtre aux Écuries.
Le désenchantement du monde occidental est le thème principal dans Everybody knows this is nowhere. Cette pièce écrite par Mark Lawes et Raphaële Thiriet tente d’amener les spectateurs à constater l’inconscience collective dans laquelle la société moderne est plongée. Raphaële Thiriet, Luc Bouchard-Boissonneault et Melina Stinson personnifient différents personnages dans diverses situations du passé, du présent et du futur pour faire voir aux spectateurs la déconnection entre eux et leur moi intérieur. «Il fut oublié que la vie était une traversée collective de l’histoire. Nous nous sommes séparés de nous-mêmes et du monde. Loups solitaires de la génération du «moi», bergers désespérés emportés par la masse…», sont des paroles extrêmement fortes qu’on peut entendre dans la pièce.

Luc Bouchard-Boissonneault, danseur professionnel, très actif dans le milieu danse-théâtre au Québec, incarne d’abord un homme qui se dit pleinement satisfait. En le voyant énumérer ses possessions, son énorme maison, sa voiture de luxe, ses appareils électroménagers (tous en Stainless, bien entendu) et son cinéma maison, le public comprend bien assez tôt que ce personnage représente la société occidentale contemporaine. Obsédé par tout ce qui est matériel, le personnage semble passer à côté des choses importantes de la vie.
Melina Stinson, qui est une danseuse professionnelle originaire de Calgary, personnifie une femme qui donne une conférence sur comment être triste. La société fait en sorte que les gens veuillent se fondre à un moule et qu’ils ne se rendent pas compte que cela les empêche d’être eux-mêmes, c’est-à-dire pleinement libres et heureux. «On s’enferme dans notre identité, on devient la définition du qui je suis», explique-t-elle.
Pour ce qui est de Raphaële Thiriet, diplômée en théâtre en France, son pays natal, elle interprète un passage très choquant et touchant à la fois. Elle y parle de dormeurs qui ne font que rêver aux rêves des autres plutôt que de rêver à leurs propres rêves. Une interprétation remplie de profondeur qui montre qu’il faut du courage pour vivre sa propre vie.
La pièce, qui présente quelques passages en anglais, est aussi entrecoupée par des séquences présentées par un projecteur sur un rideau au-dessus de la scène. Une grande partie de la performance inclut également la danse et le chant. D’ailleurs, Arran Fisher, musicien, compositeur et interprète est sur la scène durant la presque totalité du spectacle pour assurer la partie musicale. Les trois comédiens font donc, en plus du théâtre et de la danse, des performances de chant.
Everybody knows this is nowhere est remplie de passages philosophiques et écopolitiques qui interpellent le public, faisait d’elle une pièce aussi plaisante qu’enrichissante à voir. La mise en scène utilise l’espace d’une façon impressionnante et sait mettre en valeur l’aspect multidisciplinaire de la production. Tout est alors en place pour une petite leçon sur le désenchantement du monde occidental.
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Le spectacle Everybody knows this is nowhere était présenté au Théâtre aux Écuries du 3 au 7 novembre 2015. Cliquez ici pour lire une entrevue avec Raphaële Thiriet aussi réalisée par Émilie Lavallée.
Article par Émilie Lavallée.