
Conseil d’ami, d’Alexandre Dubois, traite du métier d’acteur. La part d’ombre, de Pierre Chamberland, relate la vie d’un couple où les apparences sont trompeuses. Rose nanane, de Pierre-Marc Drouin, se passe à Sorel et nous montre le côté sombre de l’homophobie. La grossesse, de Jean-René Bérard, suit une femme dans son désenchantement de la maternité. J’aurais donc dû, de Danielle Fichaud, exprime les regrets d’une femme concernant l’éducation de sa fille. Finalement, Le mal des transports, de Juliana Léveillé-Trudel, expose la lâcheté des gens face à la violence envers les handicapés.

Mise en scène
La scénographie de Paule-Josée Meunier, assistée de Violette Guerlotté, est sensiblement modeste, mais assez ingénieuse. Sur la scène, au sol, un grand cadre vide est posé, ce dernier recouvert d’une toile pouvant être accrochée de façon à créer les différents espaces des textes. C’est Alexandre Dubois qui manipule le décor tout en interprétant son texte Conseil d’ami. Il accroche la toile, la décroche, apporte les différents accessoires sur scène, en étant parfois aidé des autres acteurs. Ainsi, la scénographie devient les personnages à qui s’adresse l’actrice de La grossesse, mais aussi ce qui nous semble être les fondations d’une maison pour La part d’ombre.
Les éclairages de Cédric Delorme-Bouchard sont très réussis, comme à son habitude. La lumière n’est jamais présente sans raison et n’éclaire que ce qui est nécessaire. Les visages et les corps sont sculptés par la lumière, ce qui permet de bien voir les expressions des comédiens lors des passages plus intenses, augmentant ainsi le niveau d’émotion chez les spectateurs.

Les costumes de Magalie Dufresne ne sont pas extravagants, mais définissent bien chaque personnage et sont très cohérents avec la proposition du texte. On s’attend, par exemple, à ce que le gars de Sorel (Alphé Gagné) porte un coton-ouaté et des pantalons mous, ou encore que l’hygiéniste dentaire (Brigitte Soucy) soit habillé de façon très classique. Dufresne est aussi en charge de la conception des accessoires. Aussi peu nombreux soient-ils, ils servent généralement le propos du texte et ajoutent une touche de réalisme, comme lorsque Brigitte Soucy, dans La part d’ombre, sort un cahier de son costume afin d’illustrer l’hypocrisie de son mari. Ceci dit, pour le texte Rose Nanane, un toutou rose trône sur une chaise aux côtés d’Alphé Gagné. On se demande un peu tout au long du monologue à quoi il sert.
La mise en scène est somme toute assez cohérente. On sent le lien qu’a voulu tisser Renaud entre les divers textes. L’ordre de ceux-ci est aussi très bien choisi, même s’ils sont tous plutôt dramatiques, puisqu’on réussit quand même à passer au travers l’intensité des moments plus graves, sans lourdeur.

Textes
Si les textes sont très bien écrits, mais surtout extrêmement imagés, je trouve qu’ils restent parfois un peu en surface dans les thèmes abordés. On n’apprend rien de nouveau quant à la violence faite aux homosexuels, ni sur la naïveté d’une nouvelle maman. Par contre, je salue très haut le simple fait d’aborder ces thèmes, puisque sans nous prendre par la main, le spectacle nous montre le côté humain des gens. Comme le personnage d’Alphé Gagné qui fuit devant la violence qu’infligent les amis de son frère à un innocent.
Le seul texte qui me laisse un peu perplexe est celui de Danielle Fichaud, J’aurais dont dû. Une femme exprime les regrets qu’elle a face à ce qu’elle lègue à sa fille, venant de se faire battre par son copain, quant aux valeurs québécoises. Or, les revendications de cette femme me laissent en plan. D’un côté, elle rêve d’un pays Québec, elle qui n’a jamais appris l’anglais par statement politique (pun intended) et de l’autre, elle nous explique que les arabes ne sont pas tous de gros méchants. D’ailleurs, le parallèle qu’elle établit entre ISIS et l’Islam est un peu surprenant, mais passons. Pourtant, je n’arrive pas à saisir le but de ce texte; est-ce la fureur de dire les regrets?

On est touché par les textes puisqu’ils sont extrêmement honnêtes et intimes. C’est le spectacle idéal pour initier quelqu’un au théâtre, ou simplement pour passer une excellente soirée. Les monologues viennent nous chercher, et sont racontés avec beaucoup de sensibilité de la part des acteurs. Je salue à ce titre la très juste performance de Jani Pronovost, qui nous arrache une larme dans Le mal des transports. Ce texte m’a d’autant plus fait plaisir qu’il se passe à LaSalle. C’est très rare qu’on représente quoique ce soit de mon hood. Un spectacle à voir, si ce n’est que pour se laisser porter par des conteurs qui savent nous émouvoir tout en nous poussant à réfléchir.
Les laissés pour contes étaient présentés du 17 au 21 février 2016 au Théâtre La Chapelle.
Article par Anne-Marie Spénard – Issue du baccalauréat en Études théâtrales à l’École supérieure de théâtre, Anne-Marie est aussi passée par les Women’s Studies à Concordia . Elle entretient une légère obsession pour la question des genres, la musique et la mer.