À la recherche d’un art nouveau. Courts-métrages au FQD

Cette année, le festival Quartiers Danses présentait sa 14e édition. Depuis ses débuts, son mandat est de démocratiser la danse contemporaine,…
1 Min Read 0 188

Cette année, le festival Quartiers Danses présentait sa 14e édition. Depuis ses débuts, son mandat est de démocratiser la danse contemporaine, de la diffuser dans des lieux inusités ou plus communs, enfin de l’amener au public. Les 11 et 12 septembre derniers, le festival proposait entre autres une projection en salle de neuf courts-métrages sur la danse; « neuf courts-métrages de réalisateurs locaux démontrent comment le septième art se mélange avec brio à l’art du mouvement. »

Nous n’assistons ni au début du cinéma ni au début de la danse. On serait donc en droit de s’attendre à des œuvres originales, le mélange de deux formes d’art ne pouvant en créer qu’une troisième. Ce n’est pas si simple. Pour la plupart des courts-métrages présentés ce soir-là, il s’agit surtout de chorégraphies filmées (parfois bien, parfois mal) et non de véritables films de danse. Les créateurs se contentent d’utiliser le médium audiovisuel d’une manière superficielle, ce qui donne un résultat ambivalent ou au mieux maladroit. Pourtant, à lire les petits résumés de la programmation, on y parle de grandes choses.

Les œuvres

Lay Me Low, de Marlene Millar, annonce que les « interprètes […] communiquent l’émotion universelle qu’est la perte […] » Le chant performé tout au long de la procession accompagne à merveille le film et le rythme maintenu par les interprètes-percussionnistes le ponctue du début à la fin. Ce sont les interprètes qui accompagnent le film, ce n’est pas le film qui accompagne les interprètes. Le tâtonnement de la caméra et les plans incertains, leur manque de sens et le découpage approximatif viennent miner l’effort chorégraphique.

Le film de Valérie Lessard, Les insulaires, se veut « un huis clos explosif » qui, grâce à son « contexte narratif original », révèle « une nouvelle dramaturgie ». Seulement le contexte narratif en question, il flotte dans le temps, il ne se pose nulle part dans l’espace. Une caméra rigide et banale et une mauvaise prise de son présentent trois danseurs qui reprennent la figure des trois sages et se lancent des cuillères. Un David Lynch timide.

La luxure, unique en son genre, fait la promotion de ce qu’il semble vouloir critiquer, si critique il y a. Réalisée par Christian Lalumière, « l’œuvre […] met en scène le tiraillement entre les forces vives de la séduction – l’Éros – et celles de la mort – Thanatos. » Toutefois, ce qui se passe à l’écran, c’est une femme aux cheveux blonds qui s’exhibe les seins et une autre aux cheveux noirs qui relève sa jupe. Ainsi, la séduction s’incarne dans les seins et la mort se passe sous la jupe. Dans « l’arène de l’existence », deux danseuses entre lesquelles n’opère aucune chimie se roulent, se déroulent et se frottent dans des perruques blondes et des perruques noires. Malgré tout, les danseuses exécutent une chorégraphie assurée. Outre les  problèmes de surexposition des couleurs sombres et le dernier plan, particulièrement inexpressif, la réalisation s’avère soignée.

Jules de Niverville présente avec Twitch un danseur performant diverses figures acrobatiques. Il s’entortille et se désentortille dans de longues lanières suspendues. L’exécution et la force du danseur ne manquent pas d’impressionner. Par contre, proposer que Twitch « raconte le souffle de vie d’une créature au cœur de son conflit », c’est dire un peu n’importe quoi. Le film ne raconte rien. Il présente.

En bref

On ne devient pas réalisateur du jour au lendemain. Alors, passons rapidement sur le Raz-de-Marée de Marilyne Turcot, qui « est doux, mais violent » et qui surtout est confus.

Aussi, il y a le documentaire d’Isabelle Hébert, Carol Prieur danseuse / dancer – Compagnie Marie Chouinard, qui met en lumière la démarche artistique de la chorégraphe. Le court film permet d’entrevoir les mécanismes de son travail avec sa principale interprète, Carol Prieur, qui collabore avec la compagnie depuis plus de 15 ans.

Singeries présente deux danseuses qui, comme son nom l’indique, s’adonnent à diverses singeries. Bien que le film de Catherine Lavoie-Marcus et Priscilla Guy cède à une certaine facilité dans le ton, en passant par exemple par la nudité obligée, et souffre d’un manque de rigueur, il ne manque pas d’amuser les spectateurs.

Vibre! de Sarah Booth
Vibre! de Sarah Booth

Les petits plaisirs

Vibre! de Sarah Booth, à la fois très beau et très simple, utilise à bon escient les diverses techniques de montage et de surimpression afin de créer un contraste poétique entre immobilité et mouvement. Le court-métrage rappelle que la danse et le cinéma sont tous les deux des arts du mouvement. Des plans composés avec justesse, en noir et blanc, présentent une jeune danseuse qui à peine ne bouge, qui de toute façon n’a pas besoin de bouger beaucoup, puisqu’elle se trouve dans un monde gelé, inerte et sans vie comme l’hiver.

La projection se termine avec une belle surprise de la part des réalisateurs David Ricard et Menka Nagrani. Euréka! met en scène un monde post-apocalyptique. Les survivants, tous des trisomiques, ont bâti la nouvelle société sur les vestiges d’une foire foraine. Dans un champ, ils trouvent une danseuse mécanique, un peu comme les petites ballerines dans les boîtes à musique, mais grandeur nature. Elle et son orchestre sauront ranimer la joie de vivre des survivants et alimenter leurs rituels barbares.

Au final, la sélection, véritable montagne russe d’un espoir souvent déçu et parfois ravivé, paraît très inégale, autant dans la qualité que dans le ton. Les courts-métrages oscillent entre simplicité et prétention et trop de fois s’affichent avec gratuité. Certaines œuvres gagneraient justement à ne pas être filmées. Une présentation sur scène leur rendrait davantage justice. Il ne suffit pas de planter une caméra devant une chorégraphie pour faire un vidéo d’art. C’est la différence entre chorégraphie filmée et film dansé. La projection avait du moins le mérite de mettre cette distinction en évidence.

——

Le festival Quartiers Danses a eu lieu du 6 au 17 septembre 2016. La programmation de la soirée de courts-métrages est disponible ici.

Article par Francis Lamarre.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM