Derrière la caméra de Mathieu Laverdière. Entrevue avec l’étoile montante de la direction photo

 «Je ne suis pas très bavard», dit d’entrée de jeu Mathieu Laverdière, les mains dans les poches de son jean…
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 «Je ne suis pas très bavard», dit d’entrée de jeu Mathieu Laverdière, les mains dans les poches de son jean bleu. Pourtant, derrière un air timide, se cache un artiste chaleureux, un pionnier dans l’art cinématographique québécois d’aujourd’hui et un homme généreux de son temps, et de ses réponses. Entretien avec l’homme derrière la caméra de Gabrielle, Une jeune fille, 2 fois une femme, Le Torrent et Nuit #1.

«Ici, les sushis sont vraiment bons», lance Mathieu à notre arrivée dans un restaurant du Westmount Square. C’est l’heure du lunch et nous disposons d’environ une heure pour parler cinéma, documentaires, séries télé et direction photo avant son retour au boulot chez Technicolor.

L’intérêt pour le septième art que porte le directeur photo, qui est aussi photographe à ses heures, ne date visiblement pas d’hier. Dès son entrée à l’université, Mathieu voulait aller en cinéma à Concordia. Après avoir envoyé son portfolio, ce dernier est demandé à passer l’entrevue requise pour être officiellement admis au programme. Toutefois, Mathieu rate celle-ci. «Ah, je me suis trompé de date…», dit-il, un ton d’ironie teintant sa voix. C’est alors qu’il décide d’aller au Collège Dawson, où il étudiera en photo pendant trois ans. «J’ai manqué mon entrevue, mais peut-être pour le mieux dans le fond.» Comme quoi rien n’arrive pour rien.

Une jeune fille, photo Laverdière
Crédit photo: K Film Amérique

Mathieu n’hésite pas à dire qu’avoir étudié la photographie l’a grandement aidé dans son métier. Il dit même qu’il aurait peut-être dû continuer dans cette voie, même s’il fait encore de la photo lorsqu’il n’est pas sur des tournages: «C’est peut-être pour ça que j’aime vraiment ça. Ce sont mes projets à moi, c’est plus personnel.»

C’est après avoir complété ses études que lui et des amis démarrent une petite compagnie de production. Ils font des films, surtout des making of. «C’était dans le temps où MAC avait sorti des programmes pour faire des films, comme Final Cut. Tu pouvais faire des DVD, donc c’est ce qu’on faisait», dit-il, entre deux sushis. C’est d’ailleurs grâce à cette compagnie que Mathieu commence à faire de la direction photo.

De fil en aiguille, c’est avec cette boîte de production que Mathieu peut se bâtir un portfolio avec des petits démos. «C’est ça qui m’a donné un bon coup de pouce», dit-il. En effet, grâce à ses making of qu’il envoie à l’émission Bande à part, il est sélectionné pour assurer la direction photo de la série québécoise. Ce sera le début de la construction du bagage professionnel imposant qu’il porte aujourd’hui sur ses épaules.

Le meilleur directeur photo du Québec?
Son bagage est si impressionnant et d’une si bonne qualité cinématographique que le critique de cinéma et rédacteur en chef de cinefilic.com, Jean-Marie Lanlo, a proclamé haut et fort dans une lettre ouverte envoyée, en octobre dernier, au Huffington Post que Mathieu Laverdière n’est rien de moins qu’en «passe de devenir le meilleur directeur photo du Québec». À la mention de cette lettre, Mathieu pouffe de rire. Un petit rire discret et sympathique. En toute humilité, il se dit content de ce compliment. En revanche, il n’hésite pas à avouer que les critiques négatives sont douloureuses, même s’il les regarde. Selon lui, c’est difficile d’avaler de mauvais commentaires, car en direction photo, il faut suivre le réalisateur, ses idées, les messages qu’il veut véhiculer. «Dans tous les scénarios, tu as des réticences à l’égard de certains trucs. Par contre, tu ne peux pas vraiment faire part de tes impressions au réalisateur, parce que s’il fallait que tout le monde sur le plateau de tournage fasse part de ses idées, ça ne finirait plus.»

En effet, en tant que directeur photo, Mathieu doit souvent mettre de côté ses idées, mais «c’est pour le bien du film», dit-il. Une tentative en tant que réalisateur serait alors peut-être envisageable? «Non!», répond sans attendre Mathieu. «Sauf peut-être pour du documentaire… J’aime beaucoup le documentaire.»

Crédit photo: Métafilms
Crédit photo: Métafilms

Malgré la présence de quelques commentaires négatifs à son endroit, Mathieu Laverdière est optimiste pour l’avenir de son métier. Selon lui, l’industrie du cinéma encourage et glorifie de plus en plus la direction photo. Des catégories de prix existent désormais pour cette dernière et les gens semblent de plus en plus informés et intéressés par elle. Cependant, il est certain qu’il s’agit d’un domaine où il est difficile de percer, car, comme l’affirme Mathieu: «Tu dois te démarquer».

2013 ayant été une année importante pour Mathieu, avec la sortie du film Gabrielle et une «presque nomination» aux Oscars pour ce dernier, il est normal de croire que le Québec n’a pas terminé de découvrir son talent. Et qui sait, M. Lanlo n’a peut-être pas tort, il est fort possible que le meilleur directeur photo en devenir de la province soit tout juste sous notre nez.

Article par Sabrina Gaggino. Étudiante en journalisme à l’UQAM, passionnée par le cinéma, les chats, la lecture et l’histoire russe.

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