Sous chaque voile, une femme

Nombreuses sont les tristes histoires racontées, çà et là, au sujet de la condition de la femme musulmane. Violentée, excisée,…
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Nombreuses sont les tristes histoires racontées, çà et là, au sujet de la condition de la femme musulmane. Violentée, excisée, brûlée… En Occident, on la dépeint comme pudique, soumise, effacée. Les intellectuels occidentaux (journalistes, analystes et écrivains) ne se gênent pas non plus pour brosser leur propre portrait de celles-ci. Mais cette femme musulmane, l’a-t-on déjà entendu se raconter? Parfois, certes, lorsqu’il lui arrive quelque chose d’effroyable, on lui consent un reportage-choc dans un journal. Mais que fait-on de toutes les autres ? Celles que l’on rencontre, dans un café, à Beyrouth?

Les monologues voilés (Crédit photo à la production)

À la Cinquième Salle, jusqu’au 15 décembre, c’est ce genre de rencontre que l’on fait. Quatre femmes qui en racontent douze. Douze femmes, parmi les 74 ayant été interviewées par l’auteure de la pièce, Adelheid Roosen. Elles sont issues de l’immigration marocaine, algérienne, turque, égyptienne, somalienne, iranienne, et irakienne. Elles vivent maintenant aux Pays-Bas et ont de 17 à 85 ans. La pièce Les monologues voilés débute avec la présentation de la démarche par laquelle l’auteure est passée pour recueillir les dires de ces filles et de ces femmes. Dès les toutes premières minutes, le spectateur comprend qu’il n’aura pas affaire à une pièce de théâtre appréciée pour sa teneur théâtrale et costumière. Le spectateur est là pour la femme musulmane. Il veut la rencontrer. Il veut l’entendre. Il veut la voir.

Un gros mandat que celui d’être le messager de ces femmes. Mandat que ces quatre comédiennes accomplissent entièrement et avec authenticité. Jamila Drissi, Morgiane El Bousbi, Hoonaz Ghojallu et Hassiba Halabi sont quatre artistes d’origine arabe auxquelles ces rôles vont à ravir. C’est grâce à leurs racines arabo-musulmanes et à leur regard venu d’ailleurs qu’elles livrent avec justesse l’esprit de ces femmes interviewées. Tour à tour, elles prennent la parole et on croit à ce qu’elles sont, à ces récits de femmes réelles. Lorsqu’une comédienne partage un texte, sur la scène, c’est un peu comme si elle honorait celle pour qui elle prend la parole. Comme si on s’asseyait à côté d’elle, dans un hammam, et qu’elle nous racontait tout bonnement ses désirs, ses pensées, ses frustrations et ses peurs. On sent les comédiennes très proches de ces textes. Pas trop étonnant, puisque chaque artiste s’est assise avec l’auteure pour en apprendre davantage sur ces femmes interviewées, la manière dont elles se racontaient et leur état d’esprit lors de l’entrevue.

Les monologues voilés (Crédit photo à la production)

Ces dames y abordent la jouissance, le mythe de la virginité, les préceptes du Coran, la circoncision, l’excision, le viol, le tout fait sans aucune pudeur. Le voile n’est d’ailleurs pratiquement pas abordé. Il réfère plutôt à l’image que se fait l’Occident de la femme musulmane. On parle surtout du concept de virginité. Concept qui, on le comprendra, a une importante signification dans la religion musulmane, bien que l’on choisisse ici de le traiter avec autant de lourdeur que d’humour. Prenons par exemple, le monologue consacré à la reconstruction de l’hymen. Les quatre femmes, sur scène, sortent de leur bouche un gros morceau de chewing-gum. C’est en l’étirant qu’elles schématisent les différentes sortes de vagins, de façon assez cocasse. On dédramatise.

Outre tout cela, une chose fort intéressante émane de cette pièce. En confrontant l’Occident à sa propre réalité, on démontre que la religion est une question d’interprétation, et que celle du Coran n’est pas plus mauvaise, en terme d’égalité des sexes, que ne l’est la religion catholique. Sur papier, du moins. Voyez plutôt : une des comédiennes, en parlant de virginité, fait ressortir le propos suivant : dans la religion musulmane, la femme et l’homme sont tous les deux créés à partir d’argile par Allah. Aux deux, il a daigné insuffler un peu de son esprit. Dans la religion catholique, la femme est présentée comme étant née de la côte d’un homme. Je vous laisse interpréter.  

Les monologues voilés (Crédit photo à la production)

Le voile, on le remarque assez rapidement, n’est finalement qu’un prétexte au dévoilement de celles que nous n’avons pas souvent l’occasion d’entendre. Ici, on le sent vivre, dans toute son authenticité. De ses pores exhalent autant la féminité que la sensualité. Les monologues voilés est un hymne aux femmes musulmanes, mais aussi à toutes les femmes.


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Les monologues voilés, de Adelheid Roosen, présentée à la Cinquième Salle de la Place des Arts, du 6 au 15 décembre. M.E.S. de Adelheid Roosen.

Article par Pascale Armellin-Ducharme.

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