Entretien avec Diane Cormier
En vue de la nouvelle production Le banquet des petites personnes ou la politesse du désespoir de Michel Garneau, qui sera présentée à compter du 26 janvier au Théâtre Parenthèse, l’Artichaut discute avec sa metteure en scène et sa comédienne principale, Diane Cormier.

C’est un 22 janvier en matinée que se tient la dite entrevue, par téléphone. Malgré la distance matérielle qu’engendre la démarche téléphonique, l’intervieweuse dénote rapidement chez son interviewée une forte passion. Un amour pour le théâtre, bien sûr, mais aussi certainement pour les autres.
D’entrée de jeu, il n’est pas question de théâtre. C’est pour plus tard. Il y a une nécessité de commencer par le commencement, c’est-à-dire par ce qui rend particulier le travail actuel de l’artiste Cormier. En effet, avant de se consacrer au théâtre, se fut aux personnes âgées qu’alla le gros de son énergie. Entrée à 16 ans dans le milieu de l’aide, à titre d’assistante, elle seconda une animatrice et eut un premier choc. Jeune et débutante, elle constata une absence de sensibilité du personnel aidant vis-à-vis des patients, sans doute attribuable à l’habitude. À l’époque, il lui fut choquant de se faire reprocher de prendre trop de temps à leur parler. Le choc fut si fort qu’elle décida d’entreprendre une carrière dans le domaine et de devenir, quelques années plus tard, éducatrice spécialisée en gériatrie. Son désir de redonner à ces personnes âgées «leurs lettres de noblesse» avait alors une forme de poésie. Diane Cormier désirait favoriser des activités plus enrichissantes, aller plus loin que l’incontournable Bingo, afin de permettre l’acquisition d’une plus grande estime chez ses patients. Elle mit alors sur pied, dans un centre d’accueil pour personnes âgées, une émission de radio à laquelle ceux-ci pouvaient participer, tout en travaillant avec eux sur la mémoire affective. Pendant ce temps, elle flirtait avec le théâtre. Tellement, qu’elle décida de faire le saut et de s’engager pour de bon. Le choix, avoue-t-elle, fut difficile à faire. Or, en lui parlant, on constate rapidement qu’elle n’a pas complètement mis de côté cet intérêt pour les personnes ayant besoin d’aide. Elle spécifie même qu’avec le théâtre elle voulait «leur redonner la parole.»
Elle quitta donc la gériatrie pour le théâtre, sans pour autant délaisser son désir d’intervention. Elle fonda en 1994, avec Jean-Pierre Bélanger, l’École du Théâtre Parenthèse. Le tout partit du désir d’ouvrir les portes du théâtre à des ouvriers désireux d’en faire. Les premiers étudiants furent 14 de ceux-ci. Bélanger (désormais défunt) avait à cœur la réalité ouvrière et la cause syndicaliste. C’est un peu plus tard que d’autres personnes, tous milieux confondus, se greffèrent à l’aventure. La richesse de cette initiative, que Diane Cormier raconte avec un fond d’émoi, était telle qu’un ouvrier pouvait côtoyer un avocat le temps d’une scène. Mais la femme de théâtre avait un autre désir : rendre noble le métier de comédien qui était, dans les années 80, assez peu estimé. À cette époque, estime-t-elle, les metteurs en scène étaient idolâtrés, et les comédiens… de simples interprètes. Le jeu en souffrait. Depuis, visiblement touchée par cette situation, elle tente de redonner de la colonne aux comédiens et travaille à partir d’eux.
À son avis, il est également primordial de s’intéresser à l’être et à sa complexité. Selon cette femme de théâtre, il existe deux sortes d’acteurs : l’acteur interprète et l’acteur créateur. Par ses démarches, elle tente de tendre vers le deuxième type, en cherchant à comprendre le personnage incarné, tout en faisant des liens avec sa propre réalité. C’est de cette manière qu’elle affirme «prendre conscience d’un concentré de vie humaine, qui rend le comédien, au bout du compte, plus ouvert et plus humain.» En comprenant l’être et en l’observant, le jeu devient plus juste, riche et réaliste. C’est en prenant le temps de connaître les gens qu’elle fini par les apprécier, en les observant qu’elle les comprend. Actuellement, la société occidentale récompense la rapidité et la productivité, un contexte nuisible à cette capacité d’observation et d’analyse. Diane Cormier constate surtout le manque criant d’écoute et de «laisser parler». À l’aide de ces clés de réflexion, on comprend davantage la légitimité de son art.
Aujourd’hui, Diane Cormier s’emploie à défendre les écrits de notre terroir, dépoussière pour son public les auteurs Canadiens Français. «Les jeunes ne connaissent pas les Marcel Dubé ou les Roland Lepage. Il faut retourner aux racines, descendre dans les caves.» Connaître les auteurs d’autrefois pour mieux comprendre ceux d’aujourd’hui. À ce propos, Michel Garneau est l’un de ses auteurs favoris. Elle explique que celui-ci maîtrise l’art de mettre en parallèle la tragédie et la comédie. Le style habile que cet auteur aguerri fait part des discours essentiels. Ce n’est donc pas par hasard que se retrouvera, dès le 26 janvier, Le banquet des petites personnes ou la politesse du désespoir, de Michel Garneau, sur les planches du Théâtre Parenthèse. «C’est une leçon sur le rire. Gisèle, le personnage principal, se rend dans un cabinet de médecin parce qu’elle ne rit pas.» Le médecin et le frère de celui-ci, interprétés par deux de ses anciens élèves, se moqueront d’abord de Gisèle, pour ensuite la prendre au sérieux. Est-il important de rire ? À qui cela sert-il ? C’est ce genre de réflexions que tentera de mettre en scène Diane Cormier. Elle a déjà sa petite idée sur la question : «le rire n’est pas d’ordre physique, mais de l’ordre de l’âme».
Le banquet des petites personnes ou la politesse du désespoir de Michel Garneau, présenté au Théâtre Parenthèse, les 26 janvier et 1, 2, 8, 9 février. M.E.S Diane Cormier.
Article par Pascale Armellin-Ducharme.