Suivra le néant ou pour la suite d’un monde à l’arrêt

La bande dessinée Suivra le néant de l’artiste Mireille St-Pierre, publiée en septembre 2024, offre un récit mystérieux entre une…
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La bande dessinée Suivra le néant de l’artiste Mireille St-Pierre, publiée en septembre 2024, offre un récit mystérieux entre une mère et sa fille dans un huis clos dans lequel le temps semble s’arrêter. Ceci permet aux différentes interactions entre les personnages de posséder une dimension universelle que pose le dessin.

La protagoniste tente, tout en s’occupant de sa jeune fille, de rénover l’Hôtel Blanc Roc situé dans le Bas-Saint-Laurent, ayant appartenu à sa famille. Le bâtiment rustique et vieillot ne pourrait davantage contraster avec le faste hôtel Overlook, perdu dans les montagnes du Colorado. Néanmoins, on retrouve plusieurs thèmes et motifs communs aux deux lieux. En effet, la hantise, l’isolement, les tensions familiales, l’atemporalité, l’étrangeté habitent cette bande dessinée québécoise sans jamais faire basculer le récit dans l’horreur.

Dans plusieurs œuvres, tout particulièrement en bande dessinée, le cadre spatial possède une importance considérable, venant à constituer l’un des personnages du récit (par exemple, la ville de Londres dans From Hell d’Alan Moore). SLN procède ainsi, faisant explicitement dialoguer l’hôtel abandonné avec ses personnages. Ceci vient catalyser les tensions entre la maison et la mère, qui représentent les critiques passées de sa propre mère, et entre elle et sa fille, alors qu’elle voudrait visiblement briser ce cycle nocif.

Comme dans le film Shining, le huis clos incertain provoque une temporalité parallèle. Dans celui-ci, on retrouve par moments l’ampleur d’une perspective cosmique due à la répétition de motifs géométriques. Par exemple, le soleil avec son jaune vif illumine le décor sinon sombre. Ceci contribue à la dilatation du temps, voire à son arrêt. Émerge ainsi une dimension réflexive et méta textuelle des formes dessinées sur la page, déconstruites et réduites à leur plus simple expression, celles que nous lisons, que nous figurons.

L’expressivité du dessin détonne avec l’atmosphère glaciale des personnages de l’Overlook, réagit constamment avec force et expressivité au caractère monotone du décor, judicieusement posé en couleurs ternes. Les séquences suivent et permettent de ressentir pleinement les sentiments, les affects et les non-dits des personnages, qui doivent se positionner face aux mystères associés au passé et aux résonances du lieu, que montrent par ailleurs les premières pages de l’œuvre. L’œuvre expose ainsi la complexité de relations courantes et universelles dans un environnement retiré du temps et dans lequel une catastrophe future est annoncée dès le titre. La tension et les heurts entre les deux personnages révèlent surtout tout l’amour existant entre la mère et sa fille, de ce que la première veut laisser comme avenir à la seconde de manière à transcender son passé et ses origines…

 

St-Pierre, Mireille, Suivra le néant, Montréal, Nouvelle Adresse, 2024, 328p.

 

Article rédigé par André-Philippe Lapointe

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM