L’Excentris, le cinéma distingué et dévoué aux productions québécoises

Le cinéma Excentris qui menaçait de fermer ses portes il y a 18 mois à peine a annoncé une récolte…
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Le cinéma Excentris qui menaçait de fermer ses portes il y a 18 mois à peine a annoncé une récolte spectaculaire lors de sa campagne de financement annuelle s’étant tenue mercredi le 23 octobre passé avec, en grande primeur, le film Chasse au Godard d’Abbittibbi d’Éric Morin. Dans ce deuxième volet de notre dossier L’Excentris à la chasse au cinéma d’auteur, nous revenons sur l’historique de l’Excentris, sa situation actuelle et sa campagne de financement.

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Petite histoire de l’Excentris

En 1970, Claude Chamberlan, personnage déjanté et passionné, ex-chanteur rock et futur cofondateur du FNC (Festival du Nouveau Cinéma), crée le Cinéma Parallèle avec l’idée d’en faire un lieu de rencontres cinématographiques avant-gardistes: «Tout a commencé dans un loft, coin Bordeaux et Ontario, près du repaire des Rock Machine, j’avais 17 ans. L’idée de réunir cinéma et événements était déjà là. J’ai ajouté la folie…» Ce n’est qu’en 1978 que l’organisme s’établit définitivement au 3536 Saint-Laurent pour devenir le temple du 7e art que nous connaissons aujourd’hui.

Situation actuelle de l’Excentris

En 2011, l’Excentris rouvrait ses portes après trois ans de fermeture ayant laissé un gouffre au niveau de la diffusion du cinéma québécois. Rappelons que l’ex-propriétaire du bâtiment qui hébergeait l’Excentris, Daniel Langlois, avait l’intention d’assouplir le mandat des lieux afin d’accueillir diverses performances dans des domaines artistiques connexes, reléguant ainsi les projections cinématographiques à un divertissement «événementiel». Le Cinéma Parallèle s’est opposé à cette vision, prenant l’initiative de racheter l’Excentris sans toutefois y intenter des rénovations majeures.

Ce n’est que cette année que l’Excentris a finalement rouvert ses portes, avec trois salles de projection passées au numérique, un environnement plus adapté, notamment muni d’un bar et d’un comptoir à friandises où l’on peut se procurer du maïs soufflé. Cela va sans dire que cette réouverture ne s’est pas faite sans heurts. Une année durant, l’Excentris a ramé pour retrouver sa clientèle. Et aujourd’hui? Le taux de fréquentation des fauteuils de ses trois salles est passé de 12% en 2012 à 16% en 2013. Un bon bilan pour l’Excentris.

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Réouverture de l’Excentris le 28 Novembre 2011 (c) Susan Moss Photography

Le cinéma Excentris est «tout sauf un cinéma comme les autres», selon Caroline Masse, sa directrice artistique. «C’est sa programmation qui le distingue. Sur 180 titres programmés, 35 à 40% sont des films québécois.» Entreprise culturelle a but non lucratif, l’Excentris survit sur la base de son autofinancement. Selon Hélène Blanchet, la directrice générale, l’Excentris «se situe sur le spectre le plus pointu, un peu comme le Beaubien, plus proche de l’aspect culturel que de l’aspect commercial».

Campagne de financement 2013

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Beat Market

On pouvait voir du beau monde à l’Excentris le soir de sa campagne de financement annuelle,  mercredi 23 octobre dernier. Les allocutions de l’équipe administrative et de programmation ont précédé la projection du film Chasse au Godard d’Abbittibbi, suivie d’un cocktail dînatoire. Le groupe Beat Market a animé le cocktail, incitant les invités à boire un verre ou à manger une bouchée dans une ambiance disco-lounge.

L’organisateur de la soirée et président du conseil d’administration, Christian Yaccarini, lors de son allocution, fait le point: «L’Excentris va bien, on a récupéré tout le public qu’on avait avant la fermeture. Le seul problème qu’on a, c’est qu’on traîne la première année.». Christian Yaccarini fait aussi parti du collectif Parallèle.

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Christian Yaccarini

Cette année, les donateurs ont su être généreux. C’est la firme d’architectes Provencher Roy qui s’est démarquée avec un don exceptionnel de 25 000$, suivi de René Malo et de Technicolor avec 10 000$ chacun, le reste provenant de la vente de billets et de dons personnels. Un cumul de 146 000$ qui a réjoui l’équipe du cinéma Excentris, dépassant largement ses attentes. Les cinéphiles peuvent remercier les quelques mécènes qui ont à cœur le cinéma d’ici, sans qui des cinémas indépendants comme l’Excentris ne survivraient pas.

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Quel avenir est réservé au cinéma d’auteur au Québec? C’est ce que nous aborderons dans le dernier article à paraître dans le cadre du dossier L’Excentris à la chasse au cinéma d’auteur.

Article par Ariane Brien-Legault – Passionnée d’art, de culture et de l’être humain dans toute sa complexité, Ariane Brien-Legault est rédactrice en chef du pupitre cinéma pour l’Artichaut, journaliste-pigiste à NIGHTLIFE.CA, chroniqueuse à CIBL et l’auteure du blogue EXO. Elle étudie actuellement en Communications journalisme à l’UQÀM.

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