Des textos en alexandrins. Andromaque 10-43 de Lionel Chiuch, François Douan et Krisitan Frédric

La coproduction franco-suisse Andromaque 10-43 est présentée en première nord-américaine du 3 au 24 octobre au Théâtre Denise-Pelletier. Cette adaptation du texte de…
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La coproduction franco-suisse Andromaque 10-43 est présentée en première nord-américaine du 3 au 24 octobre au Théâtre Denise-Pelletier. Cette adaptation du texte de Racine est une collaboration de Lionel Chiuch, François Douan et Krisitan Frédric qui en signent aussi la mise en scène. Cette pièce revisitant un classique indémodable met en vedette de grosses pointures internationales dont Denis Lavant dans le rôle de Pyrrhus et Monica Budde dans la peau d’Andromaque.

Monica Budde (Andromaque), Denis Lavant (Pyrrhus) Photographe: Nicolas Descôteaux
Monica Budde (Andromaque), Denis Lavant (Pyrrhus)
Photographe: Nicolas Descôteaux

L’intrigue nous plonge dans un univers régi par la violence de l’amour et de la guerre. Il y a dix ans, le roi d’Épire (Denis Lavant) a conquis Troie, faisant de la veuve d’Hector (Monica Budde) sa prisonnière. Alors que les Grecs réclament la tête du fils d’Hector (Meggie Proulx Lapierre) pour assouvir leur vengeance, Andromaque se retrouve confrontée au choix le plus cruel: épouser son bourreau ou bien perdre la seule famille qu’il lui reste. Le messager des Grecs n’est nul autre qu’Oreste (Frédéric Landenberg) qui, bien que se voulant fidèle à son devoir, se trouve à aimer à en perdre la raison Hermione (Jeanne De Mont) dont les desseins vengeurs d’amante déçue rongent l’âme. Cette chaîne d’amour impossible est la funeste destinée des personnages de cette tragédie.

Quant au 10-43, il  s’agit d’une référence au «mur de Planck» qui se situe à dix moins quarante-trois secondes après le Big Bang. Cet espace-temps n’est soumis à aucune des lois physiques de notre monde. Ainsi la notion de temps n’est plus une barrière infranchissable. Dès lors, la mythologie peut bien se transposer à notre époque moderne. Voilà la proposition ambitieuse de Kristian Frédric dans Andromaque 10-43. L’intrigue se déroule donc dans une Troie ayant des airs de Bagdad et le grec fait place à la langue arabe. Les héros d’autrefois se voient transposés à l’ère du numérique et se parlent désormais dans une langue de notre temps… Ne soyez pas surpris de voir Hermione sortir son cellulaire pour envoyer un texto à Oreste et Pyrrhus épier les moindres faits et gestes de la belle Andromaque via des caméras de surveillance. On assistera également à la mort de Pyrrhus rapportée en direct par les médias sur écrans géants. La langue du cœur, celle de la trahison et de la mort, demeure universelle et les conflits intérieurs qui déchirent les personnages nous sont toujours pénétrables.

Denis Lavant (Pyrrhus) Photographe : Nicolas Descôteaux
Denis Lavant (Pyrrhus)
Photographe : Nicolas Descôteaux

La proposition était si originale que l’on se serait attendu à un peu plus d’artifices du côté de la mise en scène. Pourtant, on privilégie la sobriété et la staticité, limitant les personnages à des huis clos assumés. Cette contrainte ne restreint en rien le jeu des acteurs. Denis Lavant nous offre un Pyrrhus qui, bien qu’affaibli par la maladie, n’en perd rien de sa témérité et de sa verve. Acteur très physique avec une formation de cirque, de mime et de théâtre de rue, il nous fait passer par une gamme d’émotions tel un virtuose nous faisant vibrer de toute la richesse de son art. À ses côtés, Monica Budde contraste par son jeu hautain et digne. Elle incarne une reine qui, sans avoir à bouger un petit doigt, nous fait entrevoir toute la gravité de son âme par sa prestance. Le duo est magnifique à voir. Une mention spéciale à Oreste qui, dans une scène où le tragique est à son paroxysme, fait résonner tout son désespoir alors qu’il se suicide en prince. C’est Hermione qui, interprétée par Jeanne De Mont, le pousse à ses funestes desseins. Elle nous offre une prestation dynamique et riche, où la technique est parfaitement maîtrisée, manquant toutefois un peu de subtilité.

Monica Budde (Andromaque), Denis Lavant (Pyrrhus) Photographe : Nicolas Descôteaux
Monica Budde (Andromaque), Denis Lavant (Pyrrhus)
Photographe : Nicolas Descôteaux

La finale est époustouflante, d’une beauté qui glace le sang. Du sang, il en coule… Mais de la mort, renait une Andromaque au pouvoir guidé par le feu de la vengeance de tout un peuple. Après la guerre, elle se lance en politique! Andromaque 10-43 ouvre la saison 2014-2015 du Théâtre Denise-Pelletier en grand. À la direction artistique, Claude Poissant saura assurément mener le gouvernail de ce théâtre d’une main de maître en assurant la continuité des choix de Pierre Rousseau.
«La saison est un répertoire mur-à-mur. Avec Andromaque ayant déjà été éprouvée en France et en Suisse la saison dernière et bientôt Ionesco… Ça se promène allant de Beckett à Alexandre Dumas jusqu’à Simon Boulerice. On explore plusieurs zones où le grand public pourra y trouver son compte.»

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Andromaque 10-43, présenté du 3 au 24 ocotbre 2014 à la salle Denise-Pelletier. MES de Lionel Chiuch, François Douan et Krisitan Frédric.

Article par Ariane Brien-Legault – Passionnée d’art, de culture et de l’être humain dans toute sa complexité, Ariane Brien-Legault est rédactrice en chef du pupitre cinéma pour l’Artichaut, journaliste-pigiste à NIGHTLIFE.CA, chroniqueuse à CIBL et l’auteure du blogue EXO. Elle étudie actuellement en Communications journalisme à l’UQÀM.

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