Coup de cœur francophone : l’ambivalence du plaisir de Sagot

Samedi dernier, le 3 novembre, dans le cadre de la 26e édition de Coup de Cœur Francophone,  Julien Sagot a…
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Samedi dernier, le 3 novembre, dans le cadre de la 26e édition de Coup de Cœur Francophone,  Julien Sagot a foulé les planches du Bistro In Vivo, présentant les pièces de Piano mal, son premier album post-Karkwa paru l’hiver dernier. Sa prestation a été précédée par celle de Klô Pelgag, ensemble à formation variable mettant de l’avant la charmante chanteuse Chloé Pelgag. Retour sur un concert d’excellente qualité.

Julien Sagot              

L’expérience fut pour le moins immersive, ma table étant tellement près de la scène que j’avais presque peur que le guitariste accompagnant Sagot en concert ne m’accroche durant la performance. En fait, être ainsi placé presque au cœur de l’ensemble s’est vite avéré être un privilège. Ceux qui connaissent Sagot le savent déjà, mais sa musique est enveloppante, à la fois méditative et quelque peu tordue. Mélangeant le timbre rond de la guitare classique à d’autres six cordes, électriques celles-là, dont le son tient parfois du tranchant typique du rétro, ou encore des effluves vaporeux de Pawa Up First, Sagot propose une musique organique, intégrant pianos et synthétiseurs à divers effets sonores, voix ou basse distortionnés, le tout appuyé par des rythmes léger mais néanmoins « groovy ». Cet ensemble hétéroclite s’avère d’une efficacité désarmante, tous ces contrastes sonores s’imbriquant parfaitement l’un dans l’autre pour donner une musique d’une richesse remarquable. Cette musique entraîne l’auditeur dans des contrées déroutantes où se rencontrent expérimentations bruitistes, rock atmosphérique et chanson acoustique. En plus, Sagot écrit bien. Ses paroles, aux accents parfois surréalistes, cherchent plus à évoquer qu’à raconter. Elles se construisent autour d’images simples qui collent à sa musique planante.

Crédits: Marie-Andrée Houde
Crédits: Marie-Andrée Houde

En spectacle, cette construction complexe arrive à tenir ensemble tous ses morceaux. Il faut dire que Sagot est appuyé par des musiciens de haut niveau : Martin Lizotte (Papagroove, Jean Leloup) aux claviers, Martin Lamontagne (Karkwa) à la basse, Joseph Perrault (Ariane Moffat, Stefie Shock, Pawa Up First) à la batterie et Marc Dionne (In Vitro) à la guitare. Laissant beaucoup de place à l’improvisation, l’ensemble nous a servi une performance tout en nuance. Sans doute dans le but de favoriser une certaine constance durant le spectacle, Sagot et ses comparses ont revisité les arrangements de leurs morceaux plus rocks, tels que « le Temps des vendanges », afin de transformer la décharge d’énergie à l’origine contenue dans ces pièces en de lentes montées atmosphériques. Cette approche s’est avérée très efficace étant donné la petitesse du Bistro InVivo, petitesse empêchant le déploiement d’un nombre trop élevé de décibels. Petitesse qui, en même temps, favorise un rapport plus intime aux musiciens, permettant par le fait même de bien mettre en valeur la délicatesse de la musique de Sagot.

En sommes, le public a eu droit à une solide performance, et ce, malgré les problèmes techniques qui ont ponctués la représentation. Toutefois, j’ai souvent eu l’impression que le public était plus convaincu ,que Sagot lui-même, de la qualité du spectacle auquel il assistait. En effet, le chanteur nous a servi, entre les morceaux, plusieurs commentaires pour le moins déroutants. Je ne sais si ces commentaires soulignaient sa déception face à la réaction du public lors du spectacle, une insatisfaction par rapport au succès de son projet solo, ou s’il s’agissait simplement de pointes de cynisme, attaques discrètes envers une industrie musicale obtuse, laissant peu de place à l’excellence artistique. En tous les cas, ces commentaires m’ont semblés quelque peu mal placés puisqu’ils brisaient le rythme du spectacle et créaient un certain malaise au sein du public. En tous les cas, ces accrocs restes mineurs et la représentation c’est néanmoins avéré excellente.

Klô Pelgag

Crédit : Benoit Paillé

Klô Pelgag s’est déjà illustré dans de nombreux concours, notamment à titre de finaliste du Festival International de chanson de Granby, ainsi qu’à titre de lauréat du Festival en chanson de Petite-Vallée et de ma Première Place des Arts. Et pour cause! La jeune chanteuse, Chloé Pelgag, n’a pas semblé dérangée par le dénuement que lui a imposé la formule duo présentée samedi dans le cadre de Coup de Cœur Francophone (le groupe compte jusqu’à huit musiciens, lorsque le contexte le permet). En effet, s’accompagnant au piano ou à la guitare et soutenue par sa comparse Gabrielle Girard-Charest au violoncelle, la jeune chanteuse s’est avérée d’un aplomb remarquable. Déployant un grand charisme, elle nous a entrainé dans un univers absurde, truffé de drôleries. Cet univers se démarque toutefois par sa consistance. En effet, en mettant à l’avant-plan des textes loufoques qui construisent de belles métaphores reposant sur des associations d’idées à saveur surréaliste, Klô Pelgag arrive à nourrir son monde étrange, à lui insuffler un souffle certain, pour finalement l’étendre au-delà des pièces. Cet univers s’empare ainsi des enchaînements entre les morceaux, la prestation musicale se retrouvant au final ponctuée de commentaires insensés, voire de tours de magie. Un ensemble à surveiller.

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Coup de Coeur Francophone se poursuit jusqu’à dimanche le 11 novembre. Pour plus d’informations sur la programmation, cliquez ici.

Article par Gabriel Vignola. Il aime le gros son, mais aussi la délicatesse… Le verre ciselé par l’orfèvre… Il aime qu’on se lance, qu’on s’attrape et qu’on s’arrête, devant une toile, un livre ou un panneau de signalisation.

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