Du bonbon à la Ribes. Enfantillages de François Archambault

Ça y est, le dramaturge français Jean-Michel Ribes a désormais son émule québécois en la personne de François Archambault. La…
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Ça y est, le dramaturge français Jean-Michel Ribes a désormais son émule québécois en la personne de François Archambault. La ressemblance autant dans le style que dans le propos est frappante et il serait bien malheureux de s’en plaindre, surtout pour les inconditionnels de l’absurde comme moi. À travers des pièces composées de courts tableaux à l’humour aussi grinçant que sublime, Archambault a élaboré Enfantillages, une tragi-comédie qui prenait l’affiche le 7 mai à La Licorne. Sous son écriture, la scène devient un miroir déformant qui nous renvoie l’image hilarante de nos lubies, de nos impertinences et de nos inconstances. Toujours, le même procédé à la Ribes. Un détail loufoque, infime au départ, prend une ampleur draconienne au fil de la confrontation de deux personnages et plus. La préférence va aux couples, véritable prétexte à la discorde délirante. L’incompréhension qui devient quiproquo, certes, mais ce qui fait le succès de la recette, c’est surtout la différence. Combinez cela à une maîtrise confondante du dialogue et de la réplique assassine et vous obtiendrez la pièce qui fait du bien en fin de saison théâtrale, celle qu’il faut pour clore l’année.

Enfantillages (Crédit photo François Larivière)
Enfantillages (Crédit photo François Larivière)

Production du Petit théâtre du Nord, Enfantillages a jeté son dévolu sur l’enfance version parentale. Derrière le masque de l’humour, la pièce soulève des questions qu’il serait idiot d’ignorer. Jusqu’à quel point est-il possible d’élever des enfants avec un partenaire qui ne partage pas vos valeurs? Quel contrôle pouvons-nous encore exercer sur l’apprentissage de nos marmots à l’ère d’Internet, de l’accessibilité et de la perversion? Et encore, peut-on décider des amis que se choisit notre progéniture? Cela dit, Enfantillages nous pousse à réfléchir à ces questions plutôt intéressantes par le ridicule plutôt que par le drame. Et il serait déplacé de bouder son plaisir! En vrac : des parents qui se sentent si mal qu’ils décident de léguer leurs enfants à des amis, l’éducation sexuelle par la pornographie, une histoire de vendetta interparentale impliquant des poux et une censure totale face à la violence.

Défilent sous des cascades de rires sincères quatre comédiens hors pair, sous de nombreuses identités. Le papa gangster, la maman pornstar. Le père bobo, la mère grano. Le gratteux de guitare et le bourgeois, la maternelle pondeuse et le paternel vasectomisé. Au milieu de ces archétypes bien campés évoluent une vache-mascotte qui devient parfois le temps d’un conte un géant peu fréquentable. Hormis quelques praticables aux couleurs fluorescentes, la scène est presque entièrement vide. Pourtant, grâce à l’ingéniosité de la mise en scène de Frédéric Blanchette, elle a tout le temps l’air pleine. Pour agrémenter le tout, des projections de dessins enfantins campent l’ambiance et rythment le passage entre les tableaux. Des balles multicolores en plastique à profusion sont également mises à profit, pour notre plus grand plaisir.

Enfantillages (Crédit photo François Larivière)
Enfantillages (Crédit photo François Larivière)

Mais Enfantillages ne serait rien sans sa distribution nordique composée de Luc Bourgeois, Louise Cardinal, Sébastien Gauthier et Mélanie St-Laurent. À quatre, ils se transforment sans arrêt et sans accroc, jouant une panoplie de personnages toujours impeccables. Le rythme est soigné, les punchs punchés. Et si je connaissais déjà François Arcahmbault pour Les frères Laforêt, plus drame que comédie, je sais maintenant qu’il sait faire l’inverse aussi bien, pour ne pas dire mieux. Enfantillages, c’est du gros bonbon, du théâtre d’été avec tous les bons côtés et sans les mauvais.

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Enfantillages de François Archambault, présenté à La Licorne du 7 au 25 mai et à Blainville du 21 juin au 24 août. M.E.S. Frédéric Blanchette.

Thomas Dupont-Buist

Jadis sous les projecteurs, il lui aura fallu un certain temps pour se rendre compte que l’on était finalement bien mieux parmi le public, à regarder le talent s’épanouir. Un chantre des arts de la scène qui aime se dire que la vie ne prend tout son sens que lorsqu’elle a été écrite.