Immersion dans les profondeurs de la troisième dimension québécoise (1)

Première partie : Histoire stéréoscopique Il y a de ces projets que l’on traîne longtemps, sans trop savoir comment les aborder.…
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Première partie : Histoire stéréoscopique

Il y a de ces projets que l’on traîne longtemps, sans trop savoir comment les aborder. Puis, tranquillement, on prend son courage à deux mains, on relève ses manches et on s’y met. Tout semble trop grand, trop complexe pour en tirer quoi que ce soit d’intelligible. Un grand casse-tête à assembler avant qu’il ne réussisse à vous briser le crâne. Quand j’ai commencé à travailler sur l’avènement de la technologie 3D dans les milieux de création cinématographique au Québec, j’étais motivé à fond (malgré l’appellation du sujet, presque aussi complexe que son propos). Je venais de voir l’audacieux film Pina de l’Allemand Wim Wenders pour lequel je ne tarissais pas mes éloges. Le génie créatif de Pina Bausch, danseuse et chorégraphe m’avait sidéré, la réalisation avant-gardiste du réalisateur ayant osé proposer de la 3D avec contenu, encore plus. Rapidement est venu ce moment où l’on regarde la montagne à gravir, sans trop apercevoir le sommet. Le vertige de la tâche à accomplir. Sans trop y croire, on met le tout en branle et on avance. C’est ce petit chemin de croix que je vous offre aujourd’hui, bien plus tard que prévu. Dans l’espoir de faire ressortir un portrait cohérent d’une technologie parfois négligée, dont les secrets peuvent être difficiles à percer pour le néophyte, mais qui reste l’une des innovations les plus prometteuses de la décennie. Premier texte d’une série de trois.

Brisons tout d’abord un mythe, voulez-vous? La stéréoscopie[1] communément appelée « 3D » n’est pas du tout un phénomène nouveau. Si vous avez un jour la chance de rencontrer le verbomoteur René Villeneuve, cofondateur du Groupe Numérique (entreprise de consultation en technologies numériques), il se fera un plaisir de vous apprendre qu’il y a eu « des poussées très ponctuelles d’engouement pour cette technologie dans les années 1930, 1950 et 1980. » Ainsi donc, la prochaine fois que vous voudrez briller en société, ne parlez pas d’Avatar comme d’un début, mais bien comme d’une continuation ou d’une popularisation. Souvenez-vous, on a aussi eu droit aux petites lunettes anaglyphes, barniques cartonnées rouge et bleu. Pensons aussi aux films Imax, grandioses grâce au jaillissement de l’action, extirpant ces belles images de leur écran-prison. Est pourtant venu un moment où l’on a fini par s’écœurer du film de Bob l’Éponge repassé ad nauseam à La Ronde. Au lieu de changer de cassette, ils ont fait un deuxième dôme Nintendo. Mais ça, c’est une autre histoire.

A-3D

Pourquoi ces trois booms de 3D n’ont pas tout de suite donné lieu à un âge d’or? Considérations techniques, nous répond le spécialiste René Villeneuve. « Les technologies n’étaient pas au point. C’est le raffinement technologique qui permet les résultats acceptables que nous obtenons aujourd’hui. » Mais il n’y a pas que ça qui a empêché l’essor de la stéréoscopie 3D. Le problème est aussi oculaire, puisqu’« environ 10 % de la population n’arrive pas à décoder la 3D. » Quelqu’un qui louche, par exemple, n’aura pas la capacité de superposer les images produites par les caméras pour n’en former qu’une seule. Comme l’effet de 3D est produit en projetant deux images rapidement et en alternance, il est aussi possible que le cerveau de certaines personnes ne puisse arriver à produire le processus de convergence nécessaire à son émergence.

Dernier obstacle à l’avènement d’un cinéma en trois dimensions : la distribution. Il était extrêmement difficile de produire et de présenter des œuvres 3D avant l’apparition des technologies numériques. Ce n’est désormais plus un problème puisque la majorité des cinémas grand public se sont dotés de ce genre d’équipement, vous refilant au passage la facture en augmentant le coût des entrées.

Dans le prochain texte, nous poursuivrons notre incursion dans le monde de la 3D en nous intéressant à deux initiatives 3D à vingt mille lieues des remakes à cinq cents du Guzzo près de chez vous.


[1]    « Technique permettant d’obtenir une impression de relief, au moyen de deux images d’un objet. » Le Robert illustré, 2012.

Thomas Dupont-Buist

Jadis sous les projecteurs, il lui aura fallu un certain temps pour se rendre compte que l’on était finalement bien mieux parmi le public, à regarder le talent s’épanouir. Un chantre des arts de la scène qui aime se dire que la vie ne prend tout son sens que lorsqu’elle a été écrite.