«Vous êtes femmes, vous êtes mères, avec vos défauts, votre gras de ba-bye et votre individualité», me disaient les dix-huit numéros ludiques de la quatrième édition du Cabaret de la Femme Jument (4e édition), organisé par les Cousines Canines (Andrée-Anne Garneau, Catherine De Léan, Véronique Pascal) et le Théâtre Tsunami. Au fil des quatre étapes de l’accouchement – Réchauffement, Latence-Plateau, Travail actif et Poussée – la soirée du 10 mars fut une grandiose célébration de la femme au profit de La Maison Bleue, qui offre des services de périnatalité aux femmes dans des conditions précaires.

Véronique Pascal, en entrevue téléphonique, exprimait que le but du Cabaret était de faire naître une réflexion à long terme. La mienne, autour d’identité féminine et de liberté, n’a pu qu’alimenter mes lubies du moment : NON à la vie de couple. NON à ces normes. Les tables pour deux au restaurant. Le statut Facebook. Le baiser avant de partir et le texto avant de dormir.
La recherche de l’être parfait, c’est beau. Le cœur crie à l’amour, le cœur crie à la maternité. Mais parfois la liberté l’emporte et c’est bien comme ça.
Pour plusieurs, comme pour l’héroïne universelle du monologue rythmé de Catherine Dacjzman et son djembé, l’amour adoucit le sentiment d’indépendance. Faire de la place dans son appartement, tout partager dans l’espoir d’enfanter, puis y renoncer : c’est l’histoire de beaucoup de femmes, à entendre les tonnerres d’applaudissements pour Catherine Dacjzman, sous le toit de la Sala Rossa.
Le cabaret s’est révélé être un véritable panorama de la condition féminine, comme l’avait prédit Véronique Pascal. Tant de réalités féminines différentes ne pouvaient que rejoindre toutes les femmes rassemblées dans la salle. Chacune a pu y faire sa sélection de ce qui lui faisait du bien.
Lorsqu’ils n’étaient pas à mourir de rire, les numéros étaient intenses en émotions et intimes. Marylin Perrault, comédienne, y est allée en toute simplicité, racontant l’histoire d’un avortement, à travers celle d’une petite croix blanche au milieu d’un champ, appuyée d’affiches où on pouvait lire les dates des évènements marquants pour les droits des femmes. Nancy Huston, accompagnée de Jennifer Alleyn, a lu un extrait de son dernier roman, sur le thème de la prostitution des femmes enceintes. Des sujets sensibles, magnifiquement livrés.
«L’idée de la maternité est le fil conducteur du spectacle, pour rassembler les numéros», expliquait Véronique Pascal, aussi animatrice de la soirée, avec Marie-Christine Pilotte et… Catherine De Léan, en vidéo seulement. « On voulait vivre virtuellement les derniers jours de la grossesse de Catherine. Et puis, finalement, elle a accouché le 1er mars. Elle était due le 8 mars, c’est drôle !», racontait Véronique Pascal, en faisant allusion à la journée de la femme.
Mais je dois avouer que mon grand coup de cœur va à un homme. Jonathan Morier, avec son numéro Contre le Happy Incest, est passé des paroles crues à la dérision, en lisant les lettres aux futurs enfants qu’il aimerait rencontrer si la réglementation appliquée aux donneurs de sperme le permet un jour. Chanter What is Love?, en remplaçant le mot Love par God, après avoir décrit rudement mais justement la réalité des amérindiens, était audacieux, personnel et étonnamment pertinent. L’effet de surprise était réussi.
Valérie Blais est montée sur scène pour partager avec humour et simplicité son expérience de mère de plus en plus près de la ménopause, et Les Gourmandes ont unit leur quatre voix a cappella pour nous faire valser sur notre chaise, au rythme de paroles jeunes et touchantes. Tant de numéros qui disaient : «Au diable les stéréotypes. Allez-y, les filles, devenez des modèles pour les générations à venir.»
La comédienne d’Amérique, film de Christine Chevarie, a aussi conquis le public de femmes artistes, majoritaires dans la salle. Les conditions de travail des femmes, les rôles qu’elles ont au cinéma, l’image qu’elles renvoient dans certaines productions sont des aspects qui touchent aussi les consommateurs de produits culturels québécois, dans la mesure où ces produits sont à la fois des modèles pour eux et des reflets de notre société.
«On aime bien la qualité underground du Cabaret, admettait Véronique Pascal. On peut y faire des choses inédites. » En effet, le public restreint et la ponctualité de l’évènement ont fait naître des petits bijoux de numéros, qui auraient perdu de leur valeur intime devant un plus large public. Un peu comme si on disait «Ce qui se passe au Cabaret reste au Cabaret.» Encore l’authenticité et la joie véhiculées par l’évènement n’auraient-elles eu que des effets bénéfiques dans le cœur de bien des femmes. «Y’en a pu un qui pourra dire que les filles sont pas drôles au Québec!», de conclure Marie-Christine Pilotte, devant un public ravi et plus de deux cents femmes, un peu plus épanouies.
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Le Cabaret de la femme jument s’est tenu le 10 mars dernier à la Sala Rossa.
Article par Catherine Paquette.