Récit d’une cohabitation singulière. La Dame à la camionnette, de Nicholas Hytner

Maggie Smith brille dans le film La Dame à la camionnette dans possiblement son rôle le plus irrévérencieux. Le film…
1 Min Read 0 271
Maggie Smith brille dans le film La Dame à la camionnette dans possiblement son rôle le plus irrévérencieux. Le film du réalisateur Nicholas Hytner table sur une relation pour le moins ennuyante et ordinaire entre un homme et une vieille dame, qui partagent au fond bien plus qu’une simple allée de garage.

The-Lady-In-The-Van-Review
Il faudrait être un saint pour accepter qu’une femme d’âge avancé résidant dans sa camionnette se gare dans son entrée pendant quinze ans. Pourtant, c’est bien ce que le dramaturge Alan Bennett, qui signe le scénario, a vécu à sa résidence de Camden Town, quartier huppé de Londres.

Le film est tiré d’épisodes réels entre la Dame, Mary Shepard (Maggie Smith), et Alan Bennet (Alex Jennings), des moments où il avait envie de l’étrangler jusqu’aux moments les plus attendrissants. La cohabitation débute d’abord par pitié pour la dame, mais évolue en une relation absolument authentique entre les deux protagonistes.

Maggie Smith est plutôt familière avec son personnage, puisqu’elle n’en est pas à sa première rencontre avec lui. La Dame à la camionnette fut d’abord écrit pour le théâtre et joué sur les planches, ainsi que diffusé sur les ondes de la BBC radio. Smith a figuré dans ces deux productions, aux côtés du dramaturge qui interprétait alors son propre rôle. Au grand écran cette fois, c’est l’acteur Alex Jennings qui tient les répliques du personnage d’Alan Bennet.

Mary Shepard est une dame de foi, parlant couramment français, autrefois musicienne. Ce sont les seuls détails personnels de sa vie qu’elle a bien voulu divulguer. Autrement, sans apprendre à la connaître, c’est une femme sans domicile fixe, un peu sauvage, vêtue de haillons, qui se plait à peindre ses véhicules d’un jaune éclatant. Maggie Smith personnifie admirablement ce personnage excentrique. Du haut de ses 82 ans, elle occupe habituellement des rôles plus nobles ; on a qu’à penser à son rôle de comtesse douairière de Grantham dans la célèbre série Downton Abbey. Malgré les vêtements troués et délabrés, Smith incarne la grâce, menant le spectateur du rire aux larmes, toujours avec autant de finesse.

The-lady-in-the-van-trailer-1-superJumbo
Jeu à deux

Alan Bennet explique qu’un auteur est comme une double personne. L’une s’occupe d’écrire pendant que l’autre s’occupe de vivre. C’est exactement ce principe qu’il a appliqué à son scénario. Alex Jennings, qui incarne le rôle de Bennet, joue double et dialogue avec lui-même entre les murs de sa demeure. Cette pratique de style, aussi particulière soit-elle, est plutôt réussie, même si au départ l’idée ne semble pas nécessairement emballante. L’exploit se concrétise notamment grâce au talent de Jennings, mieux connu de la scène théâtrale britannique, qui tient avec brio ces échanges monologués, et qu’il transpose à l’écran de manière cocasse et dynamique.

Le scénario est teinté d’un style très britannique. Ce n’est pas un film d’aventure, où de grands rebondissements viennent surprendre le spectateur. Le ton et le rythme, deux aspects qui confèrent à l’histoire toute sa force et son caractère, proviennent assurément du fait que le scénario original fut écrit pour être présenté au théâtre. Sans Maggie Smith cependant, le film serait sans doute beaucoup plus lent, puisque c’est d’elle qu’émane la montagne russe d’émotions qui anime le récit.

La Dame à la camionnette est une histoire d’ouverture d’esprit. Une personne qui offre une chance à une autre, en plus d’une oreille attentive et, pourquoi pas… une allée pour garer sa camionnette.
La Dame à la camionnette prend l’affiche partout au Québec le 19 février.

Article par Camille P. Parent.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM