La vie secrète des gens âgées: L’érotisme et le vieil âge de Fernand Dansereau

Dans L’érotisme et le vieil âge, le cinéaste Fernand Dansereau (producteur de Pour la suite du monde), âgé de 88…
1 Min Read 0 195

Dans L’érotisme et le vieil âge, le cinéaste Fernand Dansereau (producteur de Pour la suite du monde), âgé de 88 ans, cherche à soulever un tabou : celui qui pèse sur les relations sexuelles entre personnes de l’âge d’or. À travers plusieurs rencontres de groupe et portraits de couples, Dansereau tente de cerner les transformations du désir, de l’attirance et des pratiques à travers le temps. Car, dans une société où la sexualité est souvent liée à une question de performance, les rapports sexuels des personnes âgées demeurent impensés, voire niés.

Malheureusement, le film ne parvient pas à renverser les tabous, je dirais même qu’au contraire qu’il contribue à en renforcer plus d’un. Le principal problème de L’érotisme et le vieil âge est le suivant :  plutôt que d’avoir cherché des sujets qui auraient des pratiques sexuelles variées malgré leur âge, le cinéaste a privilégié le point de vue de personnalités publiques. Nous avons ainsi accès aux témoignages du réalisateur Jean Beaudin, des auteurs Michel Carbonneau et Édith Fournier, de la comédienne Louise Portal et de son conjoint, Jacques Hébert et, bien entendu, à nulle autre que cette chère Janette Bertrand. Bien que ces personnes connues soient rendues à un âge avancé, l’âge n’a pas fait d’elles des sujets intéressants pour un documentaire sur l’érotisme. Ils et elles ont par ailleurs une persona publique qui les empêche, probablement bien inconsciemment, de livrer un discours qui se dégage de leur image publique. On peut imaginer le choc si on apprenait que Louise Portal et Jacques Hébert sont échangistes ou que Janette Bertrand est adepte de bondage. Si nous avons, dans les discussions de groupe qui ont lieu dans les centres pour personnes âgées, accès à des confessions qui semblent, enfin, parvenir à soulever des enjeux des pratiques sexuelles des personnes âgées, ce sont toutefois les personnalités qui participent au documentaire qui prennent la majeure partie de l’attention du réalisateur. Ainsi, la plupart des témoignages restent en surface : la sexualité des personnes âgées existe, mais elle est au ralenti, tranquille, plus près de la communion de l’âme que d’une réelle expérience charnelle.

L’érotisme et le vieil âge – Fernand Dansereau

Le documentaire parvient toutefois à saisir des moments de complicité, notamment avec le témoignage de Jean Beaudin à propos des derniers moments de sa compagne Domini Blythe, ou encore en présentant un couple qui partage leur vie depuis 56 ans. Toutefois, il n’y a rien qui nous fasse sortir des cadres normatifs de la vieillesse et de la sexualité. Si l’homosexualité est abordée pendant quelques petites cinq minutes, la sexualité dont il est question dans L’érotisme et le vieil âge est hétéronormative et valorise l’unité du couple. Contrairement à des documentaires comme Still doing it ou L’amour après 60 ans de Banc Public, qui présentent des femmes sexuellement actives malgré leurs soixante-dix années passées et des formes de relations qui échappent au discours dominant sur la vieillesse, le documentaire de Dansereau demeure dans les zones de confort. On nous présente une vieillesse de souffrances, des discours moralisateurs et généraux – Janette Bertrand nous rappelle les lacunes de la société d’aujourd’hui et, surtout, l’anesthésie des rapports entre les jeunes – et une sexualité de convenances. Dans L’érotisme et le vieil âge, les relations des personnes âgées se résument à des promenades dans les bois ou à des mains tenues sous une couverture, réitérant les clichés que le film aspire à éviter.

L’érotisme et le vieil âge – Fernand Dansereau

Personnellement, j’aurais aimé entendre davantage la femme du groupe de discussion qui a rencontré un homme via Facebook, avec qui elle a entretenu une relation qui l’a menée aux meilleurs orgasmes de sa vie, j’aurais aimé entendre des femmes qui ont des amants plus jeunes, j’aurais aimé entendre l’homme homosexuel plus que cinq minutes, j’aurais voulu, non pas que des personnalités publiques témoignent de l’importance du couple, mais plutôt que s’amorce une discussion sur les raisons de ce tabou qui pèse sur les pratiques sexuelles des personnes âgées.

Il faut, bien sûr, se rappeler que la génération qui est au cœur de ce documentaire en est une qui a été élevée sous le joug de la relation catholique et pour qui l’éducation sexuelle s’est faite à demi-mot. On peut supposer que le cinéaste de 88 ans est également pris par les tabous de sa génération et que le film reflète sa propre résistance à sortir la sexualité du couple hétérosexuel ou, tout simplement, du sentiment amoureux.

L’érotisme et le vieil âge de Fernand Dansereau sort en salle aujourd’hui, 10 février.

Article par Soline Asselin.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM