Montrez-moi le monde. Récital haïtien de poésie québécoise dans le cadre de la 20e édition du FIL

Le jeudi 18 septembre dernier avait lieu à l’auditorium de la Grande Bibliothèque l’un des évènements de la 20e édition du…
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Le jeudi 18 septembre dernier avait lieu à l’auditorium de la Grande Bibliothèque l’un des évènements de la 20e édition du Festival international de la littérature (FIL): le récital haïtien de poésie québécoise,  Montrez-moi le monde, réalisé en collaboration avec la maison d’édition Mémoire d’encrier. L’objectif de la représentation était simple: une lecture de poèmes d’auteurs québécois les plus reconnus effectuée par quatre jeunes interprètes haïtiens, Gaëlle Bien-Aimé, Jean-Samuel André, Sachernka Anacassis et Jehyna Sahyeir. Témoignages poético-historiques des liens qui peuvent unir ces deux peuples.

Déjà présenté en Haïti en mai 2013, Montrez-moi le monde comporte une mise en scène sobre, pensée par Michèle Lemoine – quatre micros simplement placés sur la scène, et des lecteurs habillés de noir ou de blanc – laissant alors toute la place aux mots. Le tout est entrecoupé d’intermèdes musicaux, soit préenregistrés, soit venant de la voix chantée de Jehyna Sahyeir, rythmant ainsi la lecture. Pour l’habitué, c’est un plaisir de réentendre ces poèmes de Gaston Miron, d’Hélène Dorion, d’Hector de St-Denys Garneau dans la bouche de ces jeunes alors que le néophyte sera heureux de les découvrir.

Belle incursion, donc, dans le monde de la poésie québécoise quoique le tout manque parfois de cohésion tant dans le choix des thèmes que dans la répartition inégale des lectures entre les quatre jeunes ainsi que dans leur interprétation des poèmes. Mais surtout, on aurait pu souhaiter que les liens entre le Québec et Haïti soient plus présents. À l’exception de trois intermèdes chantés en créole: Melodie tribulasyon-beken, Chanson pot drapo et Senmetyè, le seul lien explicite semble être l’origine des lecteurs et des auteurs. Au spectateur incombe la responsabilité d’en tisser d’autres selon sa connaissance de l’histoire et de la culture haïtienne. Le choix des poèmes semble être en partie responsable de cette lacune. On passe brusquement d’un univers à un autre, de l’amour à la mort, de l’engagement social à la survie de la poésie.  Si cela peut plaire à certains , cette façon de procéder peut aussi donner l’impression qu’on ne fait que survoler cette poésie au lieu de s’y attarder, d’y plonger en profondeur et de lier le monde québécois au monde haïtien.

Montrez-moi le monde : récital haïtien de poésie québécoise Crédit photographique : Lou Scamble
Montrez-moi le monde: récital haïtien de poésie québécoise
Crédit photographique : Lou Scamble

Toutefois, quelques exceptions ont permis de faire résonner, d’une seule et même volée, les points communs qui rassemblent ces deux communautés. C’est le cas de Speak white de Michèle Lalonde où  on entend la révolte de ceux qui se voyaient pendant un temps comme étant les nègres blancs d’Amérique. « Speak white » comme on parlait anglais ici ou français là-bas. C’est la langue du pouvoir, « c’est une langue universelle » que ces deux nations ont dû apprendre à comprendre. Et c’est bien là que réside la force de ce récital, quand les mots de l’un sortent de la bouche de l’autre et qu’ils s’y apposent parfaitement. Quand les cris et les plaintes se confondent pour ne faire qu’un. Alors, les frontières tombent et l’échange n’est plus forcé; il devient naturel.

Speak white
Tell us again about Freedom and Democracy
Nous savons que liberté est un mot noir
Comme la misère est nègre
Et comme le sang se mêle à la poussière des rues d’Alger ou de Little Rock
(Speak White, Michèle Lalonde)

Enfin, il est aussi intéressant de remarquer ce que le choix des œuvres dit de la vision de la poésie québécoise présentée. Heureusement, on est resté loin du cliché de Canadien-français québécois-blanc. Au contraire, parmi ces classiques, on retrouve Nous sommes tous des sauvages de Joséphine Bacon, poème innu, où est chanté la révolte d’un autre peuple que l’histoire a elle aussi liée au peuple québécois. On redéfinit donc l’espace poétique québécois pour y inclure tout ce qui l’a nourri et formé. Ses cloisons s’ouvrent pour y laisser entrer ce qui aurait pu être considéré comme autre, comme étranger.

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De même, on entendra le poème Jacques Roche je t’écris cette lettre de Rodney Saint-Éloi. Là aussi, l’apport d’un étranger – originaire d’Haïti cette fois – à la poésie québécoise montre que celle-ci est beaucoup plus hétérogène qu’on pourrait le croire.  L’autre peut donc s’approprier cette poésie comme le narrateur du poème s’approprie une partie du territoire  quand il s’exclame: «Montréal dort debout mon ami. Ma ville fervente sous ma peau nègre.»

La poésie québécoise telle qu’elle est présentée dans les moments forts de ce récital est alors pluraliste. Elle peut voyager entre les cultures, son passé le démontre déjà, et la culture haïtienne en est une de plus. Montrez-moi le monde est, donc, dans ses moments les plus forts, un récital qui offre aux spectateurs  une brève et belle plongée dans un monde où la poésie unie le Québec à Haïti par le truchement des mots et de la musique.

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Montrez-moi le monde, récital haïtien de poésie québécoise présenté le 18 septembre 2014 dans le cadre de la 20e édition du Festival International de littérature à l’auditorium de la Grande Bibliothèque.

Article par Karecha Exume. Jeune enseignante de français qui partage ses temps libres entre l’écriture, la danse et le chant.

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