L’histoire se répète. Qu’on arrive de Syrie ou d’ailleurs, dans les années 70 ou aujourd’hui, la déstabilisante première semaine à Montréal est un passage obligé pour bon nombre de réfugiés. À l’arrivée dans un pays nouveau, l’adaptation prend un certain temps, plus encore lorsque les traumatismes qui ont précédé le départ de l’ancien pays nous suivent. C’est bien souvent le cas pour les réfugiés qui arrivent de régions en guerre des quatre coins du monde, qui quittent à contrecœur leur terre natale pour fuir une situation qui met leur vie en danger. The Refugee Hotel est une œuvre importante qui appelle discrètement le spectateur à faire preuve d’ouverture et de compréhension à l’égard des exilés.

Être réfugié en 1974
Nous sommes en février 1974. La répression politique sans merci du dictateur Augusto Pinochet pousse des milliers de Chiliens à chercher asile au Canada pour éviter d’être persécutés, torturés ou même tués. C’est le cas d’un petit groupe de réfugiés qui est accueilli en hâte dans un hôtel de Montréal en plein hiver québécois. Alors qu’ils découvrent les usages de leur nouveau pays, ces Chiliens sont confrontés à leur passé douloureux.
The Refugee Hotel est une comédie sombre présentée du 26 octobre au 13 novembre au Centre Segal, à Côte-des-Neiges, par la compagnie de théâtre Teesri Duniya. La pièce est en anglais avec sous-titre espagnol, ce qui s’explique facilement lorsqu’on sait que cette pièce a été écrite par Carmen Aguirre, auteure chilienne arrivée au Canada avec sa famille en tant que réfugiée en 1974. Déjà jouée en 2002, la pièce a été légèrement adaptée, se transposant de Vancouver à Montréal. La metteuse en scène Paulina Abarca-Cantin a en outre su jouer habilement des langues anglaises, espagnoles et françaises.

La pièce met en scène une myriade de personnages vibrants, 11 en tout, qui souffrent tous à leur manière, souvent crue et touchante. Au noyau d’une famille ayant deux jeunes enfants se greffent 4 autres réfugiés, deux intervenants montréalais bienveillants et le concierge de l’hôtel. Bien jouée, la pièce est portée par des acteurs talentueux et expérimentés, qui rendent avec vraisemblance les violences qu’ils ont vécues et les tourments qu’ils vivent encore. Autant ils sont crédibles dans le drame, autant les comédiens sont capables de retourner leur veste et de passer au comique avec naturel.
Le décor sobre appui une réalisation tous aussi économe. On réussit judicieusement à tirer profit de l’espace en créant des portes tournantes, bien utiles pour créer l’illusion que les personnages transitent d’une pièce à l’autre, et en mettant en scène des lits à la verticale, qu’on dirait tout droit sortis de La Petite Vie. L’utilisation de la façade de l’hôtel comme toile de projection est aussi une idée créative qui minimise la quantité d’installation scénique requise. Les projections montrent des images historiques, pour le côté documentaire de la chose. On aime qu’ils aient pensé à cette petite mise en contexte factuelle, bien que les Chiliens, nombreux dans la salle ce soir-là, ne semblaient pas avoir besoin de rappel.

Un homme chilien âgé assis à mes côtés avait le visage trempé de larmes à la tombée du rideau, ce qui a tendance à me faire croire que les expériences dépeintes sur scène reflétaient avec justesse la situation des réfugiés chiliens à l’époque.
Une histoire bien racontée, qui vaut la peine d’être entendue. L’œuvre, engagée politiquement, met en lumière un événement marquant de l’histoire, que les défenseurs de la liberté ne doivent pas oublier. La pertinence sociale du sujet ne faiblit pas, ainsi que nous le prouve l’actualité. Les personnages éloquents appuyés par un jeu juste sont l’autre raison qui en fait une pièce à ne pas manquer.
The Refugee Hotelétait présenté du 26 octobre au 13 novembre 2016 au Centre Segal.
Article par Sandrine Gagné-Acoulon.