Cet endroit entre tes cuisses est un spectacle proposé par le collectif multidisciplinaire This is better than porn. Les textes : « Les textes de Linakim Champagne et d’Olivia Lagacé, les cofondatrices, sont interprétés sont interprétés par François-Olivier Aubut, Lauren Hartley, Katia Lévesque, Jeanne Roux-Côté, Sébastien Tessier et Tatiana Zinga Botao, sous la direction de Jérémie Francœur.

Bien que le nom du collectif semble le suggérer, ce spectacle ne constitue pas seulement une alternative à la production pornographique saturée et stéréotypée. Cet endroit entre tes cuisses explore la fragilité de nos relations amoureuses, la douceur et la violence de nos diverses sexualités.
Les textes constituent pour la plupart des récits monologiques. Qu’il s’agisse de souvenirs, de fantasmes, d’anecdotes ou d’aveux, ils sont presque tous adressés à la première personne. Les personnages s’aventurent seuls dans la parole tandis que l’interaction relève uniquement du corporel. Les monologues sont entrecoupés d’intermèdes muets, en musique, où les acteurs explorent la nudité en scène.
Lorsque les rideaux rouges du Lion d’Or s’ouvrent, nous découvrons, de dos, une fille en sous-vêtements assise à califourchon sur un homme nu. Elle exécute des mouvements de va-et-vient sur une musique des plus lascives. Les autres comédiens s’intègrent, un à un à cette scène (pré)liminaire, venant compléter le tableau avec des accessoires tels qu’une lampe, un miroir, un micro pour amplifier les bruits des baisers et le premier récit (le fantasme de quickie d’un couple dans une ruelle en fin de soirée).
Alors tous présents sur la scène, les comédiens se déshabillent, puis sortent. Seul l’homme assis reste un moment avant de s’extraire brusquement de son fantasme, de prendre conscience qu’il est nu devant un public. Jouant la vulnérabilité, il se cache le sexe et sort. Le contraste entre l’exhibitionnisme de la scène de fantasme et cette soudaine fausse pudeur est d’un effet comique imparable.

La majorité du spectacle est d’ailleurs plus axée sur le second degré que sur l’érotisme. Et ces deux dimensions semblent difficilement conciliables. En effet, au retour de l’entracte, les comédiens sont en scène, tout de blanc vêtus, debout dans leur bassine. Débute alors une scène plutôt potache de car wash sur l’intégralité de la chanson I wanna know what love is, I know you can show me.
Une forme d’érotisme se dégage néanmoins de plusieurs scènes. C’est le cas d’un intermède où l’on voit un couple s’embrasser et se déshabiller tout en se déplaçant vers l’arrière du rideau, laissant le public désireux d’assister à la suite. Un troisième comédien vient remédier à cette frustration en manipulant un grand miroir, pour permettre aux différentes sections du public de capter le reflet furtif du couple enlacé désormais nu. La dimension barthésienne de cet érotisme qui joue sur la dualité caché/montré perd en efficacité du fait de la systématicité des intermèdes où les interprètes sont entièrement nus. Aussi essaie-t-on de nous cacher quelque chose que nous avons déjà vu à plusieurs reprises.
La dernière séquence du spectacle est la seule qui réintègre le genre érotique dans laquelle François-Olivier Aubut parvient à donner vie à une scène sensuelle et voluptueuse. Assis face au public, l’interprète donne des ordres dans le micro à une partenaire imaginaire : « Caresse-toi, regarde-moi, tourne-toi, mets tes mains contre le mur », etc. L’on prend conscience du pouvoir infiniment suggestif des mots et du caractère superflu de la nudité qui a traversé tout le reste du spectacle.
Finalement, la dernière scène offre ce qui a manqué au reste du spectacle puisqu’auparavant, l’exploration du genre érotique n’est pas vraiment assumée, toujours contrebalancée par une rupture comique. Ce contrepoint humoristique fonctionne (la salle rit), mais l’on regrette in fine de n’avoir pas assisté à la montée progressive d’une forme de volupté. This is not better than porn, this is aside.
Article par Lena Djaïz.