Dadadidadada, c’est n’importe quoi !

Vendredi 26 octobre dernier, à la Sala Rossa, se clôturait la première édition du festival Phénomena, créature résiduelle du Festival…
1 Min Read 0 197

Vendredi 26 octobre dernier, à la Sala Rossa, se clôturait la première édition du festival Phénomena, créature résiduelle du Festival Voix d’Amériques (FVA), qui prit fin en 2011 après neuf ans d’existence. Sur le programme du festival, on dit que Phénomena, ce sont des propositions originales qui sortent des conventions et qui décoiffent. C’est surtout un événement laissant toute la place à l’interdisciplinarité, à l’improbable, et à la création. C’est le lieu où on sort de la marge, où on transgresse les normes.

Cabaret Désir Dada

Pour clore cet étrange événement, on présentait le Cabaret Désir Dada, grandiloque hommage à Dada ou au Dada, cette chose qui est le comble du non conventionnel. Mouvement issu de la Première Guerre mondiale, le dadaïsme fait tabula rasa et remet en cause toutes les contraintes de notre société. L’esprit du jeu, le retour à l’enfance, la répulsion de la raison et des conventions sont au centre de/du Dada.

Le Cabaret Désir Dada, c’était donc beaucoup de cela. Animé par le déstabilisant Claude Poissant, le Cabaret a été l’occasion de moments dadaïstes excellents et savoureux. Pensons à celui où trois êtres se présentent sur scène, avec «Allo» comme simple présentation. Deux filles, un gars. Une des deux a une tête de crocodile sur la tête et traîne une radio avec elle. Elle danse n’importe comment. L’autre est affublée d’une couronne et beugle qu’elle «a quelque chose d’important à [nous] dire», mais ne le dit pas. Le gars, lui, est torse nu et se tord sur le sol, à travers la foule. N’essayez pas de comprendre. Ça dure dix minutes. C’est ça le Dada. Et ça nous fait rire.

Que dire de Violette Chauveau (très connue et visiblement aimée du public) qui, le rideau s’ouvrant, fait face à la salle dans une immense robe noire, le visage blanc, les mains gantées, le visage ployant sous l’emphase d’un unique grand projecteur? Elle tire la langue et crie, comme ça, sans raison, telle une enfant qui prononce ses premiers sons. «Bahhhh». «Baaaaaaahhhh». «Beuuuuuuu». «Biiiiiiiiiii». Dix minutes d’état primal. Dix minutes de naissance. Dix minutes de cris instinctifs. Et soudainement, un immense bonheur et une surprenante légèreté qui se propagent en moi, sans trop savoir pourquoi. C’est du Dada réussi, j’imagine.

Il est difficile de saisir pourquoi d’autres numéros n’ont pas su toucher la corde dadaïste qui sommeille en moi. C’était parfois moins bien réussi, comme cette parodie très moyenne du «navet confit» que serait la chanson «Amoureuse» de l’icône française Véronique Sanson. Qui plus est, la plaidoirie scientifique (engloutie sous un amas intolérable de mots) faisant la promotion d’un univers parallèle semblable au nôtre m’a aussi laissé pantois et même irrité. Je veux m’amuser. Peu importe, je me dis qu’il ne faut pas chercher du sens à cela.

Si je ne devais retenir qu’une seule chose, c’est le caractère très «plateauiste» de l’animateur Claude Poissant, de l’auditoire et de la soirée en général, donnant l’impression d’assister en direct au tournage d’une émission des Bobos. Il était inconfortable de constater que cette clique existe réellement, que j’étais en sa présence et que des fois, pas souvent, je riais moi-même. Peut-être que cette attitude «Plateau» s’inscrivait dans le contexte dadaïste de la soirée, mais j’ai profondément senti que les gens y croyaient réellement. En fait, vendredi soir dernier, j’avais l’impression de pénétrer dans la Sala Rossa comme dans un univers parallèle, sectaire, fermé, dont seuls ceux qui pouvaient savourer la majorité des blagues devraient pour cela habiter dans le quadrilatère St-Laurent/Sherbrooke/Laurier/Papineau.

Je ne sais pas si l’ensemble du festival Phénomena revêtait cette allure snobinarde, car je n’ai pas assisté à d’autres soirées du festival. Il reste qu’il serait peut-être à l’avantage de ce nouveau joueur qu’est Phénomena d’ouvrir ses portes à un plus large public. Peut-être pas aussi, parce qu’il y a suffisamment de «plateauistes» sur l’île de Montréal pour remplir les salles. Je ne sais pas.

Article par Félix Delage-Laurin.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM