Du «feel pas» et du désordre : Chenous de Véronique Grenier

Véronique Grenier nous réinvite à plonger dans sa poésie du quotidien avec Chenous, publié aux Éditions de Ta Mère. Après…
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Véronique Grenier nous réinvite à plonger dans sa poésie du quotidien avec Chenous, publié aux Éditions de Ta Mère. Après un premier livre intitulé Hiroshimoi, publié en 2016, qui avait bouleversé les lecteurs par les fragments poétiques et douloureux d’un amour, l’auteure dévoile un «chenous» où la vaisselle s’empile, où les cheveux et la poussière recouvrent le plancher et où les «p’tits» apportent un peu de lumière et de réconfort.

Première de couverture. Source: site web des Éditions de Ta Mère

La couverture toute blanche du livre jure avec son dessin qui montre un chaos d’objets et de meubles. On comprend rapidement qu’on sera entraîné dans cet appartement qui asphyxie autant qu’il nous protège du reste du monde. Ce sont des murs «béquilles» et un salon au centre «d’un univers morceaux» qui sécurisent la narratrice. Mais cet appartement est aussi un lieu où elle cherche de l’espace et ouvre grand ses fenêtres pour laisser entrer de l’air. Les tâches ménagères sont des batailles quotidiennes et des sources d’anxiété et de frustration. Ce bordel illustre une histoire de «débarque», une histoire de dépression.

«de l’eau dans le lavabo de la cuisine

pour couvrir la vaisselle de la veille du là mais aussi d’avant

le savon fait des bulles de la mousse

l’orange embaume la pièce

je ferme le robinet

 

la ferai plus tard

juste demain

petit manège d’un jour à l’autre» (p.11)

Le livre nous fait vivre cette dépression qui amène une certaine lourdeur et une lenteur au texte. Dès le deuxième poème, la narratrice réussit à nous tenailler les entrailles avec son langage bien à elle : «y a pas de garde-robe/ de spots où se pendre/ confortablement» (p.8). Les idées suicidaires sont évoquées dans quelques poèmes comme une fuite impossible. Ce sont ces «p’tits» qui seront ses ancres dans le réel et dans la joie. Ils représentent l’insouciance, la pureté du monde. La narratrice est émerveillée par leur détermination à vivre : «j’ai fabriqué un cœur qui a le goût de battre» (p.34).

Un rapport complexe au temps se façonne tout au long du recueil. L’hiver est en arrière-plan de quelques poèmes et installe une lenteur ou une quasi-immobilité dans le récit. Demain est un ailleurs rempli de faux espoirs de guérison, d’accomplissements et d’une vie meilleure. La succession de jours est à l’inverse une accumulation de poubelles trop pleines et de jours gris béton.

«un matin un autre

la force des choses me pousse sous le lit

poussière restes de chips parfois je mange sur mes draps

j’y bois

cherche de l’espace

entre les vêtements et les livres et les carnets

je roule un moment

ma tête pogne les cadres de porte

je boirai mon café frette» (p.18)

Le récit de Véronique Grenier touche le lecteur avec son côté autofictionnel très assumé. Ayant elle-même combattu la dépression au moment de la rédaction du livre, elle nous offre un portrait peu reluisant, mais juste de la réalité de cette mère aux prises avec une maladie mentale. Même les difficultés financières sont évoquées, faisant fi des exigences d’être une supermom. Elle nous montre qu’il est correct qu’un souper finisse avec des toasts, du «beurre de peanut» et de la confiture.

Véronique Grenier, Chenous, Les Éditions de Ta Mère, 2017, 57 pages.

Article par Florence Dancause.

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