La cloche de verre. Critique de Descendance de Dany Boudreault et Maxime Carbonneau

Présentée à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, Descendance, pièce écrite conjointement par Dany Boudreault et Maxime Carbonneau et mise en…
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Présentée à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, Descendance, pièce écrite conjointement par Dany Boudreault et Maxime Carbonneau et mise en scène par ce dernier, nous convie au dernier jour de l’An de la famille Therrien. Ce dernier jour de l’An sera particulièrement rude pour les personnages… Et, malheureusement, c’est aussi la patience du spectateur qui sera éprouvée. 

À l’écoute du texte de Boudreault et Carbonneau, le nom de Serge Boucher peut nous venir à l’esprit. La trame narrative de Descendance est assez simple: on nous raconte le déroulement de la soirée du jour de l’An chez la famille Therrien de manière discontinué. Au fil de la représentation, plus la soirée s’étire, un malaise grandissant s’installe au sein de la famille. Un changement de ton que l’on ressent aussi à travers la scénographie de Cédric Lord qui passe tranquillement d’un espace réaliste, le salon et la salle à manger, à un espace onirique qui renvoie à l’intériorité de chacun des personnages. Par contre, dans son ensemble, la scénographie reste assez ordinaire, aussi bien dans sa symbolique que dans son rendu visuel. Elle ressemble à une grande pièce de maison de banlieue, impersonnelle et froide. À l’exception d’une partie de la charpente visible qui peut symboliser les problèmes familiaux, le reste de la scénographie ne surprend pas par son originalité. 

Crédis photographiques: Jérémie Battaglia
Crédis photographiques: Jérémie Battaglia

De plus, la distribution est inégale. Martin Faucher (Luc) construit un personnage assez tranchant, froid, farouche, mais touchant par ses contradictions. Le combat du personnage avec l’alcool ainsi que sa conception violente et xénophobe de sa famille nourrissent la proposition de l’acteur qui est presque toujours convaincant. Les quelques imperfections que l’on pourrait déceler dans sa proposition semblent venir d’une faiblesse au niveau de la direction d’acteur et non pas de l’acteur lui-même. Ensuite, Louise Turcot est belle dans la faiblesse physique de son personnage vieillissant et au seuil de la mort. La perte de la mémoire envahit lentement l’esprit du personnage et cette confusion produit une fulgurante colère qu’elle rend très bien. Toutefois, dans son monologue final, son jeu faibli. Rachel Graton et Raphaëlle Lalande offrent un jeu assez égal, mais ne brillent nullement. Elles sont toutes deux un peu trop uniformes. Annette Garant joue bien son rôle de la matante. Un peu trop bien même… Terminons en soulignant que l’on ne croit pas du tout au personnage d’acteur porno gay interprété par Julien Lemire. Il est trop cliché (au niveau de sa composition physique, de son costume, de son attitude, etc.). Ce qui est dommage car, paradoxalement, les propos qu’il tient ont visiblement comme but d’humaniser la pornographie et de nuancer les perceptions que la société entretient à son égard. Mais le texte est, par moment, maladroit et on sent davantage la pensée des auteurs que celle du personnage.

Lorsqu’on lit que l’excellente Mélanie Demers a été conseillère au mouvement, on regrette et on questionne la quasi absence d’un tel travail du corps. Ne décelant que quelques traces par-ci par-là de ce qui aurait pu être un mouvement d’ensemble chorégraphié, on se demande même si sa présence a été pertinente. L’apport de la danse est définitivement trop timide et aurait mérité une plus grande place.

À un moment de la pièce, à l’aide d’un vidéo-projecteur sur le sol de la scène, l’une des comédiennes transforme la porte-patio en un écran de projection sur lequel sera projeté un montage vidéo. Si l’idée de transformer la porte-patio en un écran est une très bonne trouvaille, la réalité est tout autre: puisque la porte a un fini blanc et lustré, la lumière du projecteur crée un reflet désagréable qui accapare le regard et aveugle. L’ambiance banale et froide de la vidéo révèle bien que la scène a basculé dans la représentation du monde intérieur de chaque personnage par le biais de la stylisation des éclairages. L’idée est intéressante. On a toutefois le sentiment qu’il s’agit d’un procédé qui allonge inutilement et artificiellement la durée du spectacle. Par contre, les éclairages d’Erwann Bernard sont assez réussis et arrivent à établir efficacement une frontière entre le réel et l’imaginaire et définissent assez justement la couleur de chaque personnalité. Ils soutiennent bien la proposition de la mise en scène et en assurent la cohérence interne.

Crédis photographiques: Jérémie Battaglia
Crédis photographiques: Jérémie Battaglia

La cloche de verre est une image qui pourrait assez bien représenter le spectacle. Une des trames centrales de Descendance est le désir d’autarcie de Luc, qui s’exprime de façon explicite dans son long monologue vers la fin de la représentation. Ce désir d’autarcie est contrebalancé par la décision de Julie d’aller s’installer dans un autre pays, ce qui amènera la mère de Luc à vouloir faire de même. La cloche de verre représente également le besoin, pour la famille, de se construire un passé, une mémoire. Le propos de la pièce tient, de toute évidence, de la critique.

Il est dommage que le résultat soit aussi froid, car l’approche et la thématique (autogénération du mythe et de l’histoire) auraient pu donner un admirable résultat. Nous restons toutefois sur notre faim. La langueur nous prend dans cette salle remplie d’ennui, autant du côté de la scène que celui de la salle…

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Descendance est présenté à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 29 mars. M.E.S. Maxime Carbonneau.

Article par William Durbau. Étudiant à la maîtrise en théâtre, il s’intéresse principalement à l’image (plus particulièrement à l’iconologie), à l’écriture du monstre et à sa mise en scène. Il s’intéresse également à la danse et à la performance. Il lit W.J.T. Mitchell, Paul Ardenne, Giorgio Agamben, et plusieurs autres.

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