Dans une atmosphère à mi-chemin entre la fébrilité et l’ataraxie, Eugénie Beaudry est assise à une petite table dans le hall d’entrée du Théâtre Prospero. Les répétitions vont bon train. Le rideau se lève bientôt, mais le texte subit encore les dernières retouches. C’est dans la salle intime du théâtre que l’auteure et metteure en scène présentera son nouveau projet, Le Trou.

Crédits photographiques: Eugénie Beaudry
La pièce plonge le spectateur au cœur d’une ville qui se meurt à la suite de la fermeture de son usine, principale source de travail de la municipalité. Sous des airs de fin du monde, à la manière d’une tragédie, l’histoire relate les épreuves et les différents qu’auront à traverser les citoyens. Après Gunshot de Lulla West (pars pas), Le Laboratoire, théâtre de (ré)création contemporaine inscrit Le Trou comme le deuxième volet d’une trilogie en devenir autour du thème du déracinement: «J’explore la question du déracinement du lieu natal. Il y a toutes sortes de façons de quitter son patelin. Je me suis rendu compte que l’endroit où l’on vient au monde est plein de références, il fait en quelque sorte partie de nous… Il y aura toujours quelque chose qui nous lie à nos racines, à notre histoire.»
La plume d’Eugénie Beaudry révèle une écriture directe et crue. Le résultat de ses textes est toujours longuement muri et réfléchi, il se meut tout au long de la création, s’adaptant ainsi aux changements engendrés par la mise en scène: «Écrire me prend toujours beaucoup de temps. Tout le travail de texte prend son sens quand je suis avec les comédiens. Chaque ligne doit avoir sa nécessité, son intention. Ce qui est superflu transparait assez rapidement dans la mise en place, dans les interrelations entre les personnages.» On peut presque parler d’écriture de plateau. Le besoin de former un tout est ce qui a poussé l’auteure à mettre son texte en scène. Mais Beaudry monte ses textes aussi pour alimenter ses rêves, sa création: «Je n’ai pas trouvé de texte qui correspondait à mon imaginaire, c’est un peu pour ça que j’écris des histoires. Le théâtre est ma passion dans tout ce qu’il englobe. Ce n’est pas de vouloir contrôler les choses, mais de créer un univers complet et riche.»
À ceux qui cherchent le sens à tout prix, le titre de la pièce intrigue, mais pour son auteure, Le Trou représente beaucoup: celui que Sara-Lee creuse dans son sous-sol, celui dans lequel Monsieur le maire s’enfonce, ou encore, le trou laissé par une amitié perdue. «Quand j’étais jeune, je venais d’un petit coin de campagne qu’on appelait un trou. Cette expression populaire fait partie de notre folklore. Ce n’est pas du tout péjoratif pour moi.» Le Trou, c’est aussi les petites tragédies qui tombent trop rapidement dans l’oubli.
Eugénie Beaudry sait ce qui l’attend pour le troisième volet de sa trilogie. Le synopsis est clair, mais avant toute chose, Le Trou prendra sa place dans la création québécoise: «Prendre son temps est une clé pour mes spectacles.» Le Laboratoire travaille également sur un projet de théâtre d’été avec la Coop culturelle du Vieux-Beloeil qui pourra bien voir le jour l’été prochain. Le Trou, une production du Laboratoire, sera présentée à la salle intime du Théâtre Prospero dès le 29 avril, et ce, jusqu’au 17 mai.
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Le Trou, une production du Laboratoire présentée au Théâtre Prospero du 29 avril au 17 mai. Texte et mise en scène d’Eugénie Beaudry, avec Édith Arvisais, Joseph Bellerose, Yannick Chapdelaine, Isabelle Guérard et Marianne Lamarre.
Article par Marie-Michelle Borduas. Animatrice et chroniqueuse radio, amoureuse de théâtre et consommatrice avertie de musique! Je partage mon temps entre tous les théâtres et les salles de spectacles montréalais. 1001 projets parce que la tête bouillonne. Oh et j’ai aussi ce petit papier qui indique: bachelière en journalisme.