Le 22 février 2012 dernier, Le pays des âmes, a jazz fable (le titre est compliqué, je sais), était présenté à la cinémathèque québécoise dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois.
Premier long métrage du cinéaste, Olivier Godin, le pays des âmes, a jazz fable (le titre est décidément trop long) est un film différent, voire, rafraîchissant, mais qui malheureusement manque par moment de consistance. L’histoire présente une jeune femme, interprétée par Ève Duranceau, qui tente de recontacter son amoureux mort dans un accident de moto. Elle se fait cependant leurrer par le diable et se voit tranquillement emportée par la mort. Un trompettiste d’un groupe de musique jazz tente alors de la sauver. L’histoire paraît certes originale, du moins dans le paysage cinématographique québécois, mais il s’agit en fait d’un clin d’œil parfaitement avoué par le cinéaste à la divine comédie de Dante. Là où le bât blesse, c’est surtout au niveau des dialogues, souvent trop littéraires, d’un registre trop soutenu, à un point tel qu’ils semblent trop rigides pour les acteurs qui parfois manque de naturel. Le résultat est donc inégal. On passe constamment d’une langue orale à une langue écrite. Cependant, le pays des âmes, a jazz fable, trouve sa force, voire, sa raison d’être dans tout le traitement visuel et sonore du film. Godin se permet de filmer avec énormément de liberté ses acteurs à travers des cadres qui semblent souvent spontanés et instinctifs. On ne sent pas de calcul, de réflexion ou de maniérisme et ça fait du bien! La direction photo diffère littéralement de ce à quoi on est habitué dans la cinématographie québécoise actuelle. Godin évite également nombreuses facilitées comme le champ contre champ usuel des scènes de dialogues. Il prend le temps de filmer ses acteurs, souvent en gros plans, en silence, parfois mal cadrés ou mal éclairés. Ce qui n’enlève rien à la qualité esthétique du film. Au contraire, cette approche donne un effet de proximité et d’intimité avec le sujet.
La véritable réussite du film réside dans le traitement sonore. La musique du groupe de jazz s’intègre au film de façon diégétique et extradiégétique d’une manière envoûtante, souvent confuse. Ce qui est une bonne chose. L’aspect sonore du film, une musique inquiétante et déconstruite, crée une atmosphère vaporeuse. À certains moments, les cordes d’une contre basse viennent rythmer une scène, à d’autres, c’est le souffle d’un musicien à travers le cuivre de son instrument. D’avoir fait le choix de prendre le son réel, avec ses défauts et ses qualités, contribue à rendre la musique, la sonorité du film, plus organique. Il en résulte une ambiance intéressante et forte qui réussit à elle seule à pallier les quelques défauts de ce film sincère et inventif. Pays des âmes, a jazz fable (Le) / Réal: Olivier Godin / HD / 01h15m00s / Couleur / 2011 / V.O. : française, anglaise / S-T : français
Article par Mathieu Rolland. Centipède urbain qui se questionne actuellement sur l’aspect inéluctable de l’échec à travers l’archétype du voyou.
