
Like mother, like daughter est une œuvre humaniste d’une douce simplicité qui met en scène des mères et leurs filles, toutes issues de la communauté juive laïque de Montréal. Privilégiant l’improvisation, les metteurs en scène Ravi Jain et Rose Piotek soumettent les mères et les filles à un jeu-questionnaire. En alternance, celles-ci pigent une question et la posent à l’autre. Ces questions sont tantôt gênantes, tantôt drôles ; et elles suscitent le dévoilement de vérités sur la relation qu’entretiennent mères et filles. On assiste ensuite à une discussion entre mères et une autre entre filles. Comme la plupart des participantes n’ont pas de formation en jeu et sont des non-actrices, il y a une spontanéité rafraîchissante qui s’installe d’entrée de jeu. Pas de texte appris par cœur, donc pas de rafistolage de phrases pour créer du «beau», c’est-à-dire une élégance de langage. C’est une preuve concrète que le théâtre peut être un art à la fois direct, accessible et qu’il peut fonctionner sans poétisation de la langue. Loin de là l’idée de diminuer la beauté et le pouvoir des mots et images qui nous sont présentées, mais il est intéressant de constater que la mise en forme préalable du texte de façon calculée n’est pas primordiale à la réussite d’une œuvre. Il y a là une grande part d’improvisation et le résultat n’en est pas moins magnifique.
En tant que témoin de ces discussions intimes (entre parents ou non), le spectateur n’a pas d’autres choix que de se projeter dans ces histoires. En effet, la relation que l’on construit avec nos parents/enfants, les blessures, ce qu’on ne connaît pas d’eux, tout ce qu’on ne connaîtra jamais d’eux ; tout ça nous passe par la tête. Comment ne pas penser au fait qu’un jour on perdra ces êtres chers ? Qu’un jour notre mère ou notre fille ne sera plus que néant et que l’une d’entre nous devra vivre sans l’autre? Ces discussions intimes engendrées par le jeu-questionnaire ne seront plus possibles après. Des réponses seront perdues pour toujours. Bien que l’ambiance se veuille légère et que la mort, la séparation et la perte ne sont pas évoquées explicitement, ces thèmes transcendent les discussions. C’est poignant.

Œuvre créée à Montréal en 2014 dans le cadre du OFFTA, Like Mother Like Daughter aurait très bien pu être programmée au Segal Centre, le théâtre porte-étendard de la communauté juive laïque de Montréal. Qu’on puisse entendre la voix de cette communauté sur une scène francophone telle qu’Espace Libre, dans le Centre-Sud, est une excellente tentative de rapprochement et de mixité entre des communautés distinctes qui se partagent une ville. L’idée de briser le cloisonnement (pour ne pas dire le ghetto) d’une communauté culturelle fait partie du mandat de la compagnie, qui se dit être née «d’une fusion entre les nations et [dont le projet] transcende les frontières culturelles afin de célébrer toutes leurs origines, les langues et les formes.»
Cela dit, il faut admettre qu’on en apprend très peu sur ce que c’est que d’être une femme juive aujourd’hui. Il y a bien une ou deux questions qui portent sur l’identité juive, mais sans plus. «What does it represent for you to be Jewish?», par exemple. Il y aurait pu et dû avoir plus de questions à ce sujet afin de cerner les particularités culturelles de ces femmes montréalaises, puisqu’on a dès le départ fait le choix de présenter strictement des femmes, mères et filles, issues de cette même culture. On les découvre plutôt en tant que femmes, mères et filles de façon générale. Il est vrai que le public est invité à partager un repas «familial» – une importante tradition juive – avec les femmes à la fin de la représentation. Le spectateur a alors peut-être plus de chance de s’informer par lui-même.

Il n’en demeure pas moins que Like mother, like daughter / Telle mère, telle fille est un petit bijou. Une pièce de type «documentaire» qui peut s’adapter partout dans le monde en mettant en valeur n’importe quelle communauté culturelle. Ravi Jain et Rose Piotek du Why Not Theatre frappent un grand coup, et les participantes nous offrent un merveilleux moment de théâtre intime sans artifices.
—Like Mother Like Daughter / Telle mère, Telle fille était présenté à l’Espace libre du 3 au 10 février 2016.
Article par Elizabeth Adel. D’où vient cette passion brûlante pour les arts de la scène qui ne s’est jamais éteinte? Ayant grandie loin de toute forme d’art, Élizabeth n’en sait rien. Elle a cependant la certitude qu’elle pense trop et qu’elle aime la vie dans tout ce qu’elle a de compliqué. La piste est peut-être là. Pour toutes questions, commentaires ou plaintes au sujet des textes qu’elle publie ici, n’hésitez surtout pas à la contacter. Élizabeth adore converser et elle serait heureuse d’entendre vos opinions.