Méditation anthropocénique. Re-génération à la Société des Arts Technologiques

Re-génération a été conçu sur invitation de Ségolène Royal pour le Sustainable Innovation Forum, sorte de sommet mondial des énergies renouvelables, tenu à Paris en décembre 2015. Le projet: rendre compte de l’évolution des rapports que l’humanité entretient avec la nature de façon accessible, tangible et sensible. La SAT a donc dû réunir des artistes aux pratiques hybrides pour diriger la création. Portrait d’une équipe dualiste.
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Re-génération a été conçu sur invitation de Ségolène Royal pour le Sustainable Innovation Forum, sorte de sommet mondial des énergies renouvelables, tenu à Paris en décembre 2015. Le projet: rendre compte de l’évolution des rapports que l’humanité entretient avec la nature de façon accessible, tangible et sensible. La SAT a donc dû réunir des artistes aux pratiques hybrides pour diriger la création. Portrait d’une équipe dualiste.

Re-génération à la SAT. Crédit photographique: Sébastien Roy
Re-génération à la SAT. Crédit photographique: Sébastien Roy

Le codirecteur Yan Breuleux, dans ses recherches, travaille particulièrement sur l’animation vidéo immersive. On a déjà pu voir un de ses projets, Enigm(a), à la 5e salle de la Place des arts en 2014.Le codirecteur Jean Ranger a pour sa part travaillé avec plusieurs artistes de scène (Madona, Édouard Lock, Dave St-Pierre, pour ne nommer que ceux-là) en plus d’avoir présenté ses oeuvres dans plusieurs musées, à Montréal, New York, Paris et Taiwan.

David McConville, le scénariste, est un chercheur du Buckminster Fuller Institute de New York qui se spécialise en visualisation de données scientifiques permettant de faciliter la défense des projets à conscience socioécologique. En gros, illustrer pour synthétiser.

Le compositeur Jan Pienkowski, un habitué de la SAT, est aussi physicien, DJ et producteur. Dans ses compositions, il mélange son amour de l’électro et du house aux sonorités folkloriques des musiques du monde.

Sous le dôme, plutôt qu’un ciel étoilé, je me retrouve couchée sous une soupe primordiale frétillante de phagocytose. Des teintes de bleu et de rouges s’entremêlent et s’interpellent durant l’entrée des spectateurs. Lorsque tous ont trouvé place sur leur Karibou®, le noir se fait pour laisser place à une grille triangulaire qui remplit le dôme d’une blancheur immaculée. Une inspiration se fait entendre et, telle une ondulation, la grille se met à tournoyer pour reprendre son emplacement original à chaque expiration. Instinctivement, je respire au rythme de la voûte. On me prépare à ce qui suivra: un voyage dans le temps, explorant notre rapport à la Terre, l’évolution de nos idées et de nos cultures, tout cela d’un point de vue étrangement anonyme. C’est peut-être celui de mère Nature qui ne connaît que notre symphonie commune sans pourtant reconnaître nos visages individuels.

Les pratiques interdisciplinaires de tous les concepteurs de Re-génération sont à l’image du spectacle. Tout au long des trente et quelques minutes que dure la représentation, le spectateur évolue à l’union des arts et des sciences, zone généralement moins homogène. La voix inusitée de Marie Brassard aidant, j’ai ressenti un étrange sentiment de satisfaction à balancer entre ces deux univers. L’aspect méditatif, la position couchée, la musique ambient, tout dans Re-génération participe à la fois à la distanciation et à l’immersion.

Re-génération à la SAT. Crédit photographique: Sébastien Roy
Re-génération à la SAT. Crédit photographique: Sébastien Roy

Malheureusement, le projet reste une prise de parole frileuse sur l’urgence des enjeux environnementaux. On en ressort reposé, un peu high de vertiges artificiels, mais sans sentiment d’avoir à faire quelque chose. On a un peu l’impression que l’équipe s’est adonnée au name droping lorsqu’apparaît Diane Dufresne, dans une forêt brumeuse, chantant l’éponyme succès de Plamondon Ne tuons pas la beauté du monde. Malgré tout, Re-génération reste une incursion intéressante et bienvenue à la frontière des arts et des sciences, un projet qui n’aurait pu voir le jour ailleurs qu’à la SAT. Il est heureux que l’on dispose d’un tel laboratoire de recherche et d’expérimentation à Montréal. Souhaitons que leur mandat continue de contribuer à la recherche technologique et artistique des jeunes concepteurs qui sont en train de redéfinir ce que sont le théâtre, le cinéma, et le spectacle.
Re-génération était présenté à la Société des Arts Technologiques, du 12 janvier au 16 février 2016.

Article par Corinne Pulgar. Bachelière en art dramatique, parfois régisseur, metteur en scène et conseillère dramaturgique. Aussi végétarienne, humaniste, addict de la parrhésie et numéricienne lettrée.

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