L’univers poétique et essayistique du Guide des bars et pubs de Saguenay de Mathieu Arsenault

Publié chez Le Quartanier en 2016, Le guide des bars et pubs de Saguenay de Mathieu Arsenault, nous invite dans…
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Publié chez Le Quartanier en 2016, Le guide des bars et pubs de Saguenay de Mathieu Arsenault, nous invite dans une poétique de l’ordinaire, porté par la magie des petits évènements des bars et pubs de Chicoutimi et Jonquière. Accompagnés d’un essai sur son processus créatif, les poèmes de Mathieu Arsenault charment assurément le lecteur dès le premier instant.

Première de couverture du recueil Le guide des bars et pubs du Saguenay
Source : site web des Éditions du Quartanier

En 2014, le poète Mathieu Arsenault s’est fait inviter à participer à une résidence d’artiste à Chicoutimi. En marchant dans cette ville qu’il n’avait jamais visitée auparavant, l’écrivain a rapidement remarqué que celle-ci débordait de bars et de pubs tous aussi différents les uns que les autres : « Karaokés, clubs sociaux, discothèques, bars de poudre, tavernes d’ouvriers et de chasseurs. » (p. 8). Arsenault a donc décidé de se créer un itinéraire et de visiter quelques-uns de ces endroits dans l’espoir d’y trouver de l’inspiration. Le processus de création du poète a débuté à l’intérieur même des établissements qu’il visitait. Assis au bout du comptoir du premier bar de son itinéraire, buvant une petite Corona, un homme a commencé à discuter vaguement avec l’auteur. Sa bière terminée, Mathieu Arsenault se rend au deuxième bar sur sa liste. Installé au comptoir avec une grosse Molson Dry, le poète a sorti son téléphone cellulaire de sa poche et y a noté un petit récit de ce qu’il venait d’observer au bar précédent. Son téléphone est devenu, au fil des observations et des rencontres, un « téléphone-carnet » lui permettant de noter ses idées de manière discrète et plutôt solitaire. Écrire ses impressions sur un écran tactile se faisait de manière assez rapide; les textes de Mathieu Arsenault se déclinaient donc finalement en vers. Le projet littéraire latent prenait forme peu à peu, mais le poète avait un but précis lorsqu’il notait ses lignes dans son  téléphone-carnet  : observer le « réel ordinaire ».

Photographie du Bar à Pitons
Source : site web du Bar à Pitons

« c’est une danseuse jusque dans sa face / une danseuse perdue dans un centre ville / qui n’a plus de strip club » (p. 13)

Le but premier de l’auteur est d’écrire le réel ordinaire de manière poétique et littéraire, mais en évitant de tomber pas dans les tropes s’y rattachant. Arsenault priorise un style poétique qui délaisse les rimes et un vocabulaire recherché. Ses vers sont plutôt empreints d’un style vernaculaire qui donne l’impression au lecteur de véritablement entendre les conversations notées par l’auteur. Tout simplement rédiger, poétiser des évènements anodins pour y déceler le charme. Mettre des « personnages » en scène sans leur attribuer une personnalité et une histoire propre. Tout simplement noter les évènements, les dialogues et ainsi, tenter de faire ressortir leur beauté ordinaire. Mathieu Arsenault réussit avec une grande finesse ce pari, pari qu’il explique également de manière très limpide dans l’essai qui accompagne les poèmes. Le  réel ordinaire des bars et des pubs de Chicoutimi et Jonquière transporte le lectorat dans ces divers lieux, comme s’il en était le simple observateur. Les vers du poète, parfois drôles ou surprenants, évoquent ce réel anodin à travers chacun des poèmes. Les derniers vers du texte intitulé « Benjy » démontrent bien la qualité de l’ordinaire recherchée par l’auteur : « faut que je rentre chez nous / j’ai ma comparution demain matin / pis le palais de justice, c’est pas à la porte en bicycle. » (p. 37) Le travail poétique et technique de Mathieu Arsenault transporte effectivement les lecteurs et lectrices dans un univers ordinaire teinté des charmes du nightlife de Saguenay. Ne sachant pas si le dialogue ci-haut a seulement été entendu ou relaté à l’oreille de l’écrivain, le lecteur ou la lectrice ne peut faire autrement que de prendre ces mots comme un courant surprenant qui passe et qui repart aussitôt le dialogue terminé.

« trois bars entourent la piste / lasers et douchebags / tramp stamps et cravates / le grand marnier est en spécial pour / encore dix minutes » (p. 17)

Les poèmes de Arsenault transmettent la mondanité des expériences humaines, quelles qu’elles soient. Sa façon simple, réaliste et sans filtres de relater les petits instants dont il a été témoin donne absolument l’impression aux lecteurs et lectrices d’être eux et elles aussi dans ces établissements. L’essai qui se trouve sur les pages de gauche – les poèmes, eux, sont sur les pages droites – remplit aussi bien son mandat. En connaître un peu plus sur le cheminement artistique de l’auteur renforce la présence du  réel ordinaire  dans le recueil, tout en nous faisant comprendre la pensée conceptuelle de départ : dépeindre des gens le plus simplement et réellement possible, le temps d’un court évènement. Même le titre du recueil essaie de donner l’illusion d’un réel ordinaire  puisqu’il ne s’agit pas d’un vrai guide des bars et pubs de Saguenay. Cet ouvrage est plutôt un guide poétique sur la réalité des évènements futiles et intéressants que nous pourrions y apercevoir. De ces simples moments se dégage une fraîcheur qui se laisse entrevoir le temps de la lecture de quelques vers, nous rappelant l’importance des petits et grands instants.

Si vous n’avez qu’une seule leçon à retenir du Guide des bars et pubs de Saguenay de Mathieu Arsenault, c’est d’ouvrir vos yeux et vos esprits au charme du quotidien qui vous entoure et d’en découvrir toute la beauté… une grosse Molson Dry ou un gin-tonic à la main !

Mathieu Arsenault, Le guide des bars et pubs de Saguenay, Montréal, Le Quartanier, 2016, 56 pages.

Article par Marie Levesque.

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