Léo, spectacle solo interprété par Tobias Wegner, acteur, circassien et acrobate charismatique, mis en scène par Daniel Brière et produit par Circle of Eleven (Berlin), tourne depuis trois ans déjà. C’est parce que Léo a tout ce qu’il faut pour tourner dans le monde entier.
Le principe du spectacle est hyper simple: une boite ouverte sur deux cotés, de la taille d’une petite pièce, dans laquelle est «enfermé» un personnage. La boîte est filmée en direct et tournée à 90 degrés pour être projeté sur un écran de telle façon que le spectateur voit deux boîtes sur scène. Alors que sur l’écran, le personnage est debout, dans la boite, il est allongé.

L’ensemble est donc d’une efficacité déconcertante. Impossible de rester impassible lorsque l’acteur soulève les deux pieds du sol et crie de stupeur en voyant qu’il ne touche plus terre. On est comme des enfants devant un magicien. Pourtant nous savons exactement ce qui se passe physiquement, mais comment se fait-il que cela marche? Le spectateur se surprend à être manipulé et à accepter cette manipulation, voire à la provoquer. Notre connaissance du dispositif ne change rien à l’effet d’émerveillement.
Tobias Wegner joue ce personnage à la fois drôle et sensible. Abandonné, seul, cet homme vit dans un monde de rêve et d’imaginaire. Confiné dans cette boîte, il semble attendre quelque chose et découvre alors que la gravité n’existe plus. Il se rend compte de son pouvoir et se met à jouer de tous les possibles. Il essaie de se créer un monde dans lequel ses rêves deviendraient enfin réalité, mais ce monde tourne sur lui-même. Il n’y a pas d’issue. Seule une valise magique l’accompagne et lorsqu’il l’ouvre, on y découvre de la lumière, de la musique, une craie et une bouteille d’eau. Léo est pris au piège et il devient fou. On se demande comment il va sortir de ce piège gravitationnel. Le public s’attache certainement vite à Léo, protagoniste clownesque, à la fois triste et comique, parce qu’il nous renvoie au fait que nous sommes tous confrontés à une certaine solitude dissimulée derrière ces nouveaux moyens de communications. Léo fait appel à cet enfant qui est au fond de chacun de nous, un être vrai qui a peur de la solitude et pour qui l’imaginaire prend une place prépondérante.

Bref, Léo a tout pour s’ouvrir au monde. Déjà, son personnage est muet: il n’y a donc pas la barrière de la langue. De plus, le dispositif est relativement simple et transportable. Ajoutez à cela une dramaturgie efficace et une performance maîtrisée qui touche un public extrêmement large, allant des enfants aux vieillards, et vous avez tous les éléments d’un spectacle qui roule sa bosse depuis 2011 déjà!
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LÉO, une mise en scène de Daniel Brière, produit par Circle of Eleven (Berlin) et par le Nouveau Théâtre Expérimental, était présenté les 14, 15 et 16 novembre au Théâtre Outremont.
Article par Sophie Deslauriers. Elle est à la maîtrise à l’UQAM.