Par Audrée Lapointe
Le 24 septembre dernier, la maison d’édition Nouvelle Adresse a publié la dernière bande dessinée de Paul Bordeleau, Au Revoir New-York. Celle-ci se révèle être pour lui un double retour aux sources : en effet, après avoir adapté les pièces de théâtre Pour réussir un poulet (Fabien Cloutier, La Pastèque, 2021) et Hypo (Nicola-Frank Vachon, Nouvelle Adresse, 2023), l’illustrateur gaspésien présente à son lectorat sa première œuvre autofictionnelle depuis Le 7e vert (La Pastèque, 2017). Plus encore, Bordeleau a cherché à « renouer avec le style de dessin de [sa] vingtaine[1] » durant la composition de l’album. Mélangeant ses commentaires sur le genre de l’autofiction à un réalisme magique inspiré de la Trilogie New-Yorkaise de Paul Auster, Au revoir New-York est une touchante expression du deuil de Bordeleau, à la fois celui d’un ami cher et du passé qu’ils ont partagé.
Posons tout de suite les bases de l’intrigue principale. Paul Bordeleau est en train de travailler sur un projet qui lui permettra d’exprimer son chagrin envers le décès subit de son ami, Gaston Côté. Angoissé par l’immensité du sujet, il décide de sortir pour aller chercher de la nourriture pour son chat. C’est durant cette course qu’il croise un Paul Bordeleau trente ans plus jeune, qu’il suit dans un café. Durant leur conversation, l’auteur apprend que sa version passée se prépare à partir à New-York avec le reste de sa classe, dont fait partie Gaston. L’auteur demande d’accompagner l’étudiant, qui accepte.
Le reste de l’album est séparé en deux temporalités. Nous avons le présent, dans lequel Paul Bordeleau tente de continuer son projet, et le passé, qu’il revit en suivant, tel un fantôme, l’étudiant dans ses péripéties new-yorkaises. Vers la fin du récit, elles se recroisent afin d’offrir à l’auteur la chance de discuter une dernière fois avec Gaston. Cela lui permet d’accepter son départ et de finir le livre qui lui posait tant de problèmes. Celui-ci est, sans surprise, la bande dessinée que nous avons sous le nez.
Étant donné la relative complexité temporelle de l’histoire, Bordeleau utilise la couleur pour distinguer les époques. Lorsque nous sommes dans le présent, la coloration des vignettes est composée de blanc, de noir et d’orange ; dans le passé, la palette transitionne vers un corail poudreux.
Au revoir New-York est un véritable retour en force pour Bordeleau. La vulnérabilité qu’il révèle dans les pages de cet album est impressionnante. Non seulement aborde-t-il le difficile travail qu’est l’acceptation de la mort soudaine d’un être cher, mais il se remet constamment en question, autant sur le plan métatextuel (la réflexion du jeune Bordeleau sur la moralité de l’autofiction est un joli moment de brisure du quatrième mur) qu’artistique. L’ouvrage regorge de références culturelles soit explicitement nommées (Tintin, Star Wars et l’artiste Brad Holland en sont des exemples parmi tant d’autres), soit dissimulées dans les arrière-plans, ce qui en fait un genre de « trouvez Charlie » qui m’a grandement amusé·e.
Il est évident que Bordeleau s’est lancé corps et âme dans la composition de cet album, et je respecte énormément la détermination qui vient avec un tel travail. Je conseille à toustes la lecture d’Au revoir New-York pour découvrir son intrigue digne de celles d’Auster. Bonne lecture!
[1] Paul Bordeleau, Au revoir New-York, Montréal, Front Froid, coll. « Nouvelle Adresse », 2025, p. 6.