Un nouvel acteur est régulièrement invité à interagir avec le milieu professionnel de la danse contemporaine: le non-danseur. Dans sa programmation 2013-2014, l’Agora de la danse lui dédie un atelier consacré à l’apprentissage d’extraits de la pièce JOE, une pièce phare du patrimoine québécois créée en 1983 par le chorégraphe Jean-Pierre Perreault. J’adore le concept. Mais j’aimerais beaucoup connaître le profil des non-danseurs qui s’inscriront à l’atelier. Qui choisira de vivre JOE?
Cette activité d’immersion dans l’univers du (oui) danseur rejoint en quelque sorte le Grand Continental de Sylvain Émard. Depuis la première édition de sa danse en ligne contemporaine en 2009, le chorégraphe aura fait danser des centaines de danseurs amateurs et de non-danseurs – les deux titres sont utilisés pour présenter les interprètes sur le site de la compagnie – à Montréal, Mexico, New York, Philadelphie, Portland et bientôt à Ottawa les 15 et 16 juin au Festival Danse Canada, 2013.
Répercussions de l’interdisciplinarité ambiante, certains chorégraphes invitent des non-danseurs – mais oh combien artiste – à faire partie prenante de leur création scénique. Par exemple, en 2012, une entrevue dédiée à la nouvelle création de la compagnie Cas Public sur les ondes la Première Chaîne de Radio-Canada était titrée «Duel, la danse des non-danseurs». Interrogée à leurs sujets, la chorégraphe Hélène Backburn accompagnée de sa non-danseuse Sylvie Moreau – comédienne et illustre personnalité publique – souligne qu’«une grande vérité émerge d’eux [les non-danseurs] quand ils dansent.» Personnellement, j’y vois une référence à l’entraînement de haut niveau qui amène le danseur à un contrôle tellement précis de son corps que cela annule certains réflexes, et donc la vulnérabilité et l’unicité propre à qui ne sait manier son corps à sa guise. Cela me semble se rapporter davantage à l’humanité qu’à la vérité, mais passons.
Ces deux situations m’amènent à dresser un (très) sommaire portrait du non-danseur:
- il n’est pas un danseur amateur;
- il peut être inconnu du public;
- il peut être artiste d’une autre discipline;
- il peut être connu du public;
- selon Hélène Blackburn, il exulte la vérité lorsqu’il danse;
- selon ma lecture de l’offre de l’Agora, il semble être un public potentiel pour la danse contemporaine.
Nouveau titre ou nouveau public?
Mis à part le milieu professionnel de la danse (danseurs, chorégraphes, enseignants, répétiteurs, administrateurs et j’en oublie), les danseurs étudiants en formation professionnelle et l’entourage de tout ce beau monde (famille, amis, amoureux, relations compliquées, collègues de travail alimentaire), je ne peux penser qu’aux danseurs amateurs comme public pour la danse contemporaine. Alors quand j’entrevois une nouvelle piste, ça m’intéresse. Le non-danseur serait-il une nouvelle option? Est-ce que le participant de l’atelier offert par l’Agora sera nouvellement intéressé à la danse par le biais de la transmission d’un héritage québécois ou plutôt l’oncle d’une étudiante en danse du Cégep de St-Laurent ayant connu Daniel Soulières (danseur de JOE dès 1984) dans sa jeunesse? Dans le deuxième cas, il ne s’agirait pas de nouveaux spectateurs, mais bien d’une nouvelle catégorie rassemblant certains des potentiels déjà identifiés.
J’aimerais savoir qui est le non-danseur. Alors si vous vous inscrivez à l’atelier, je vous invite à m’informez de votre profil. D’ailleurs, je vous encourage à vivre JOE: la qualité de l’enseignement est assurée (Ginelle Chagnon assistée de Sophie Breton), l’œuvre est pertinente tant d’un point de vue historique que d’actualité (l’individu par rapport à la masse) et le tarif demandé pour l’atelier est dérisoire (moins de 10$ de l’heure).
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Vivre JOE, une initiative de la fondation Jean-Pierre Perreault en collaboration avec l’Agora de la danse. 60$ pour 7hrs d’atelier. 3 novembre 13h à 16h + 10 novembre 12h à 16h.
Article par Jade Marquis – Ado émue par la culture pop des années 2000, Jade est devenue une intello de la danse. Au-delà du rouage des discours et des présentations dîtes artistiques, elle s’intéresse au contenu véhiculé.