Amalgame fécond aux Ateliers Jean-Brillant. Paramètres 2013

À chaque trimestre d’automne, l’exposition Paramètres réunit les œuvres d’étudiants de l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM, préalablement…
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À chaque trimestre d’automne, l’exposition Paramètres réunit les œuvres d’étudiants de l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM, préalablement sélectionnés par un jury d’artistes-professeurs. La mouture 2013, présentée aux Ateliers Jean-Brillant du 6 au 14 décembre 2013, regroupe les propositions de 25 étudiants.

Les travaux qui y sont présentés vont de la peinture et du collage à l’installation vidéo, en passant par la photographie et la performance[1]. Malgré la diversité des médiums et des techniques employés, les réflexions que nous propose la cohorte 2013 s’articulent autour de quelques thèmes récurrents.

L’œuvre de Shanie TomassiniVolume (2012), sert d’incipit à l’exposition et introduit, par la même occasion, une section de l’espace consacrée à des considérations plastiques et expérimentations liées au médium. Trônant sur une cimaise qui fait face au visiteur dès son entrée, l’objet porte à confusion: ses dimensions, sa texture et son mode d’accrochage sont ceux d’un canevas, mais la dépression conique en son centre brouille les pistes. Lorsque vue de côté, la cavité apparaît plus profonde que l’œuvre elle-même, empiétant probablement sur la cimaise derrière. D’autres sillons sur la surface de l’objet troublent encore davantage son identité, laissant le regardeur pensif et intrigué. Quelle est la nature de cet objet? Quelle texture a-t-il? Cette cavité qui suggère un trou dans la cimaise cache-t-elle quelque chose? Autant de questions qui resteront sans réponse pour le visiteur qui, observant les conventions du monde de l’art, n’osera jamais céder à sa pulsion et toucher l’œuvre. Volume dépasse ainsi sa propre structure interne afin d’attirer l’attention sur celles du social.

Volume, Shanie Tomassini, 2012
Volume, Shanie Tomassini, 2012

À son entrée en salle, le visiteur est aussi accueilli par une surprenante trame sonore. Rapidement, il identifie la source de la rumeur : Mascarons (2013) de Chloé Poirier-Sauvé, dont chacun des dix écrans présente un visage qui grimace bruyamment. La peau et les cheveux peints en blanc, devant un arrière-plan tout aussi immaculé, les personnages soumettent leur faciès aux contorsions les plus singulières, en interagissant parfois les uns avec les autres. Observant tous un script différent, ils éprouvent les limites du corps par le biais de l’expression faciale, donnant à voir une sorte de topologie de la grimace.

Plusieurs œuvres se consacrent également à l’étude du corps et de ses représentations. Sur le mur opposé à Mascarons, l’œuvre de Sophie Aubry est masquée par un rideau blanc que seuls les visiteurs âgés de 18 ans et plus sont autorisés à tirer. Les plus hardis y découvriront une courtepointe où carrés de tissu alternent avec images pornographiques montrant des femmes performant diverses activités sexuelles. À effet chenille (2013) allie la technique artisanale de la courtepointe, traditionnellement féminine, à des images qui contribuent à l’hypersexualisation et l’objectification de la femme. L’œuvre confronte deux conceptions qui s’opposent en apparence – la ménagère et la femme à la sexualité libérée, voire débridée –, mais qui la réduisent toutes deux à une représentation stéréotypée, subordonnée à des intérêts masculins.

Mascarons, Chloé Poirier-Sauvé, 2013
Mascarons, Chloé Poirier-Sauvé, 2013

L’algorithme ne me calcule pas (2012) traduit un intérêt pour la culture numérique récurrent dans plusieurs œuvres de l’exposition. C’est à partir de travaux sur la couleur, découpés jusqu’à former des bandelettes de carton coloré, que François Rioux a réalisé cette pièce. Compressant les bandelettes à l’intérieur du cadre de manière à n’exposer que leur tranche, il a formé une seule image abstraite. Issue d’un procédé de fabrication rappelant la compression numérique, l’image elle-même évoque l’univers informatique : les éléments de couleur compressés ressemblent étrangement à des pixels colorés.

L’esprit critique et engagé que l’on attribue souvent aux étudiants de l’UQAM ne fait pas défection dans le cadre de cette exposition, où plusieurs œuvres abordent des questions d’ordre politique. Maxence Gras, avec Étalement (2013), s’attaque à la question du développement urbain. La performance, réalisée sur un terrain vague du Quartier Dix30 à Brossard, consistait à mouler une série de condos miniatures à l’aide d’une presse à briques de terre crue, participant avec une ironie certaine à étendre le parc immobilier du quartier. L’utilisation de la presse à briques afin de réaliser une grande quantité de moulages identiques en peu de temps rappelle la fulgurance de l’expansion immobilière autour du centre commercial, vertement critiquée par plusieurs tenants de la cause environnementale. L’espace d’exposition aux Ateliers Jean-Brillant présente une vidéo de la performance, accompagnée d’une série de photographies épinglées au mur de la presse à briques et de trois condos miniatures en terre. L’ensemble de l’œuvre propose une réflexion critique aiguisée, doublée d’un humour rusé qui tire droit au but.

Paramètres 2013 est le lieu de plusieurs réflexions pertinentes sur le politique, la culture numérique, le corps ainsi que le médium, présageant des tendances intéressantes pour le futur immédiat de la relève en art contemporain. Si, à ce stade-ci, les démarches ne sont pas toutes aussi abouties les unes que les autres, plusieurs productions sont d’un professionnalisme remarquable. La mise en espace de l’exposition souffre cependant un peu du manque de cohésion de l’ensemble, mais il aurait été difficile d’aller au-delà d’un simple groupement des œuvres selon les thématiques qu’elles abordent, puisque l’assemblage se révèle plutôt hétéroclite. Il s’agit d’une situation fréquente lors d’expositions de groupe sans autre ligne directrice que l’impératif de présenter le travail d’une poignée d’étudiants. Cela n’affecte toutefois en rien la promesse que dessinent plusieurs des artistes qui y sont présentés, dont nous avons hâte de suivre la trajectoire.

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Paramètres 2013, exposition présentée du 6 au 14 décembre 2013, de 12h à 17h aux Ateliers Jean-Brillant, 3520 rue Saint-Jacques Ouest (Métro Lionel-Groulx)

Article par Marie-Philippe Mercier Lambert. Étudiante à la maîtrise en histoire de l’art et fervente amatrice de toutes choses qui stimulent son cerveau, Marie-Philippe a l’habitude de se subdiviser pour participer à plusieurs projets simultanément. En attendant de se voir octroyer le don d’ubiquité, elle milite ardemment en faveur de l’allongement des journées.


[1] Joyeux Anniversaire de Carolyne Paquette a été performé le 6 décembre, lors du vernissage de l’exposition.

 

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— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM